jeudi 5 novembre 2009

Quid d'un Brevet d'attestation à la pratique de l'escalade ?

J'en parlais récemment dans ce blog, un accident sérieux est survenu dernièrement dans une des salles de la région lilloise. Un nouvel incident, moins grave, mais tout aussi symptomatique, a de nouveau eu lieu en début de semaine : un jeune débutant, n'ayant pas correctement terminé son noeud avant de partir, s'est retrouvé en milieu de voie sans aucune sécurité. Heureusement, sa chute s'est simplement soldée par une visite des pompiers, des examens rapides et une grosse frayeur.

Néanmoins, ces deux incidents rapprochés reflètent pour moi un problème bien plus profond que la simple inattention de 2 grimpeurs, manque de vigilance dont nous pouvons tous être victimes un jour. On le voit tous les jours dans les salles et les associations, de nombreux pratiquants de l'escalade ne sont pas suffisamment formés et au courant des techniques de sécurité de base. Je ne vous parle pas de mettre en place un relais sportif sur dégaines à 150 mètres au-dessus du sol, je vous parle de simplement maîtriser l'encordement et l'assurage en moulinette.

Je suis moi-même encadrant au sein du CAF de Lille, et j'interviens régulièrement dans nos salles pour former les nouveaux arrivants et rappeler les consignes à ceux qui ont la mémoire courte. Ces rappels, nous devons les faire à chacun de nos encadrements, et pas seulement une fois de temps en temps.

Par déformation, je jette toujours un coup d'oeil dans les salles privées où j'évolue, et où chaque grimpeur est libre de pratiquer l'escalade, sans avoir à justifier d'une quelconque connaissance des techniques de sécurité. Plus régulièrement encore que dans notre club, j'y vois des noeuds qui ne sont pas correctement vérifiés, des assureurs qui discutent alors que leur grimpeur s'époumone à leur rappeler d'avaler les 5 mètres de mou, et plus souvent encore des grimpeurs qui, leurrés par l'apparente sécurité des systèmes auto-freinants, ne tiennent plus la corde, voire ont complètement oublié la gestuelle de l'assurage sur des systèmes plus classiques, comme le Huit ou le Reverso.

A ma connaissance, la législation française est ainsi faite que les salles privées ne sont pas obligées de vérifier les connaissances des grimpeurs évoluant entre leurs murs. Généralement, le grimpeur assume l'entière responsabilité en cas d'accident. Votre ticket d'entrée n'est ainsi qu'une location temporaire du mur et de ses prises, sans plus.

J'ai beau avoir tendance à reprocher aux salles de ne pas faire un tour de temps en temps parmi les grimpeurs pour vérifier leurs comportements, je ne vois pas comment elles peuvent avoir les moyens de vérifier chacun des pratiquants, ce qui implique notamment d'avoir un Brevet d'Etat présent en permanence. Il suffit de voir le nombre de grimpeurs évoluant dans une salle pour comprendre.

En Belgique, un système de brevet, que l'on peut comparer à notre Brevet de Sécurité Routière, a été mis en place : le Badge Safe Control. Chaque grimpeur doit passer un rapide examen afin de démontrer sa connaissance des techniques de sécurité de base, lui permettant d'évoluer sereinement dans une salle. Sans abonnement ou sans ce brevet, un grimpeur ne peut pas évoluer dans une salle privée. Ce n'est pas une assurance, ce n'est pas un diplôme, il s'agit simplement d'une attestation comme quoi le grimpeur sait s'assurer et assurer.

Son obtention est simple : 10 min d'examen gratuit par une personne qualifiée, aux heures de permanence de la salle en question.

Le dispositif est simple et permet, à mon sens, de limiter un grand nombre d'accidents impliquants des débutants. De plus, une personne non qualifiée peut facilement refuser l'entrée d'un grimpeur s'il ne dispose pas de ce brevet.

Bien sûr, cela impose d'avoir un diplômé d'état tenant des heures de permanence, diplômé qu'il faut payer. Mais combien coûte votre assurance de responsabilité civile ? Combien coûte l'intervention des pompiers ? Combien coûtent vos soins à l'hôpital et votre rééducation ? Combien coûtent les pompes funèbres ?

Certains diront qu'une telle mesure va à l'encontre de l'esprit de liberté sur lequel toute la philosophie de l'escalade est basé : "encore une loi vous empêchant de pratiquer le sport que vous aimez". Mais on ne vous parle ici que des salles privées, voire des associations, et n'allez pas me dire que vous retrouvez ce sentiment de liberté tant convoité, confiné entre 4 murs. Libre à ceux qui le souhaitent d'aller s'exploser les talons en falaise...

A quand un dispositif similaire en France ?

4 commentaires:

  1. Hello.

    Mon sentiment là dessus est que le problème n'est pas autant le manque de formation que la conscience du danger.

    La formation de 10 minutes dont tu parles, je pense que tout grimpeur, même très amateur, l'a eu au début par son "encadrant". Connais tu une seule personne prête à grimper sans que tu lui expliques les bases, et les raisons pour lesquelles elle peut se sentir en sécurité ? Pour le peu de personnes que j'ai pu initier, elles sont plutôt attentives à ce stade.

    C'est plutôt un peu plus tard, quand on a pas pris conscience du danger (pas pris de gros vol), ou qu'on est dans une routine car dans la même salle deux fois par semaine, que le risque s'installe.
    Hors un tel public passera haut la main le brevet que tu évoques.

    Je suis de ceux qui estiment que la responsabilité de chacun de pratiquer comme il lui plait son sport, tant qu'il ne met pas la vie d'autrui en danger (le vieil adage : "la liberté des uns s'arrête là où celle des autres commence). A chacun de choisir et jauger ses partenaires de grimpe.

    Un peu comme si on imposait un brevet de vélo, de roller, de conduire, de faire l'amour, de chanter... Les avis et exemplent se partagent et ne ressemblent pas toujours...

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  2. Il est clair que la routine s'instaurant, le facteur risque augmente sensiblement, et ce facteur risque est largement influencé par une présence régulière dans une même salle.

    Cependant, une formation comme celle proposée en Belgique, même courte de 10 minutes, permet de mettre en avant un ensemble de détails qui favorise la prise de conscience des risques encourus par soi et par ceux que l'on assure.

    Il suffit de lire le lien suivant pour se rendre tout ce qui peut être dit au cours de cette formation, et qui n'est que peu respecté en salle et probablement jamais expliqué par les initiateurs d'un jour que tu évoques.

    http://blog.ligne2vie.com/2009/11/les-petits-details-ont-de-grandes.html

    Le simple fait de signaler son départ à son assureur n'est pas respecté en salle. Pourquoi ? Parce qu'une majorité de grimpeurs, formé sur le tas, ne s'est pas vu expliquer la raison de ce geste.

    Le noeud est important, mais il n'est pas seul garant de la ligne de vie.

    Une simple formation, même courte, dispensée par un professionnel mettant en avant ces différents points, permettrait de sensibiliser les grimpeurs à ces prises de risque, y compris au risque de routine qui flotte au dessus de la tête des initiés.

    Je ne suis pas certain que la majorité des grimpeurs passeraient ce brevet haut la main, justement parce que les mauvaises habitudes ont été prises (ou ont toujours existé).

    Un autre point intéressant est que l'attribution d'un brevet et d'une carte d'attestation induit un possible retrait. Il serait ainsi possible de bien faire comprendre à un grimpeur son caractère dangereux en lui retirant son brevet, et l'obligeant ainsi à le repasser.

    Et pour rebondir sur tes propos, comment juger que l'on ne met personne en danger si personne (de qualifié et reconnu comme tel) ne nous a enseigné les bons gestes ?

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  3. ...

    Le problème est de savoir comment organiser tout ça et qui pourrait être habilité à mener la formation mais surtout de juger du résultat d'un tel examen.

    Le meilleur moyen d'être sûr de ton partenaire et d'être très attentif quand tu monte avec quelqu'un et d'acquérir une expérience humaine avec cette même personne... Le but étant de retester mutuellement les compétences et l'attention des deux partenaires.

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  4. Le test est une chose, le suivi une autre et on ne peut être derrière chaque grimpeur ni même embaucher un B E. Je dis que le test et la formation est une bonne chose, et un responsable de salle qui controle un peu ce qui se fait c'est le minimum. On en pourra jamais aller vers 100% de sécurité.
    En salle privée en suisse, il y a des responsables qui passent et surveillent les grimpeurs.
    Par contre une chose que je trouve pas normale: la plupart des salles n'ont pas de tapis....VU le prix de l'entrée et le cout d'un tapis même de 5 cm il devrait etre obligatoire.
    Concernant le grimpeur qui discute et oublie de finir son noeud d'encordement, je peux témoigner que ça peut faire très mal!!! J'ai assisté à la chute d'un grimpeur dans le jura suisse de 15 m , il était en second. Je l'ai vu au sol après la chute, ceci marque à jamais!! 3 mois d'hopital, multiples fractures et surement des séquelles à vie.

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