mardi 12 janvier 2010

Mémoires Glacées

Une grande claque givrée. Une bouffée de nature authentique. Une lucarne ouverte sur les derniers grands espaces vierges de notre planète.

Voilà ce que l'on peut dire de Mémoires Glacées, de Nicolas Vanier.

J'y ai découvert un homme vrai, amoureux, passionné, conscient. L'un de ceux qui rêve de grandes aventures, et n'y tenant plus, les imagine, les prépare et finit par les vivre sur le terrain : ici une cabane prêt d'un lac, loin de tout, accueillant toute sa famille ; là une course en traineau de 8000 kilomètres ; et puis une vie de plusieurs mois avec le peuple Evène, à l'origine de son dernier film, Loup.

Qu'importe de partir 1 an et demi, puisque la vie d'ici est nécessaire mais pas suffisante...



Un homme Vrai. Qui a appris à dire les choses. A les faire aussi. Un geste vaut mieux qu'une parole.

Un homme Amoureux. De la nature, de ses chiens, des grands espaces, de ce sentiment de liberté que l'on ne peut pas ressentir dans l'espace étriqué de nos villes et de nos appartements. Un amoureux des hommes aussi, et de leurs rencontres dans ces immensités glacées. Des rencontres rares, mais toujours avec une récompense.

Un homme Passionné. Qui a su me faire aimer ses chiens. Un homme qui connaît si bien son attelage et la façon de le mener qu'il sait en quelques mots, pourtant simples, vous faire comprendre toute la difficulté de maîtriser une meute de chiens surexcités à l'idée de tirer un traineau de 200 kilos. Un homme dont la Passion pour les "pays d'en haut" est telle qu'elle est forcément communicative, systématiquement contagieuse.

Un homme Conscient. De son impact sur la nature, mais convaincu que cet impact est nécessaire s'il est réfléchi et maîtrisé. A l'antipode des écologistes moralisateurs, qui préfèrent critiquer voire détruire plutôt que démontrer par la pratique ou expliquer par la Passion. L'Homme fait partie intégrante de la nature, et doit continuer d'y vivre. "Pourquoi tenter de créer un monde artificiel, invivable et impossible, avec la nature et l'homme de l'autre, alors qu'ils pourraient si bien vivre ensemble ?" Un homme Conscient de la personnalité des animaux qu'il croise, et que la balle entre les deux yeux n'est certainement pas la réponse la plus adaptée au grognement d'un ours ou d'un loup. La connaissance et le respect de l'environnement permettrait d'éviter nombre d'accidents malheureux, parfois fatal aux hommes, souvent aux animaux. Ils permettraient également, à l'image des trappeurs, d'agir sur les populations animales de façon adaptée, en prélevant ni trop ni trop peu d'individus, et en les sélectionnant de façon à laisser à la harde la possibilité de se renouveler correctement. N'en déplaise à notre amie Bardot.

L'une des plus belles vérités qu'il expose ? Celle où il explique pourquoi les Inuits, au moment de commencer à prélever la viande sur l'animal qu'ils viennent de tuer, lui parlent et le remercient de leur donner de quoi manger, se couvrir et confectionner leurs différents outils : prendre conscience de la valeur de ce que l'on prend et ainsi apprendre à mesurer ses gestes. Si les Occidentaux que nous sommes, moi le premier, prenaient le temps de participer à un abattage et d'observer ce rituel simple, il y aurait probablement beaucoup moins de restes dans le fond des assiettes à la fin du repas. Mettre fin à une vie pour se nourrir fait partie de la nature. Cacher ce fait dans des abattoirs loin de nos regards nous éloigne un peu plus de la vraie valeur de la nourriture et des autres ressources. Nous pourrions tous avoir un comportement plus approprié si nous en prenions conscience...

Ce livre m'aura laissé un goût amer sur la soi-disant grande civilisation des Blancs. De nombreux peuples (Indiens, Inuits, Evènes, ...) dont les technologies sont pour la plupart limitées ne sont-ils pas, de part leur relation à la nature, à leurs origines, plus humains que nous ? Nous qui mettons en avant nos grandes innovations et notre savoir, que savons-nous réellement de notre monde, du vrai monde ?

Mais au final ce livre m'aura laissé un formidable sentiment de bonheur, en m'imaginant aux côtés de ce Français, qui nous emmène à l'arrière de son traineau, par moins 35 degrés et à 20 kilomètres par heure, en écoutant ses chiens aboyer de plaisir. Un Grand Livre. Vrai.