vendredi 26 février 2010

Le Guide de la Montagne

Il y a des livres qui sont prometteurs, présentent bien puis tiennent leur promesse ou déçoivent voire choquent. Le Guide de la Montagne, aux éditions Guérin, est un peu tout cela à la fois.

Pourtant, tout partait bien : l'idée des auteurs étaient de compiler le maximum de connaissances sur les sports de montagne (escalade, montagne, randonnée, ...) dans un seul ouvrage, à destination des élèves et de leurs professeurs, donc débutants ou professionnels. En cela, la mission est pratiquement réussie puisqu'aucune autre référence n'est, à ma connaissance, parue dans le même but. Elle est donc devenue pour certains une bible à consulter avant chaque départ.

Ainsi, le Guide de la Montagne aborde des sujets allant du simple encordement au montage d'une expédition en haute altitude. Chacun, quelque soit son d'expérience, devrait donc pouvoir en tirer quelque chose. Les nombreuses illustrations sont la plupart du temps très claires, toujours accompagnées d'un paragraphe explicatif. Etonnament, la 7ème et dernière édition tient compte de certains matériels assez récents, comme le Réverso de Petzl, ce qui est toujours agréable.

Cependant, lorsque l'on creuse un petit peu, il y a certaines petits détails qui viennent assombrir le paysage. D'abord, il y a les choses qui déçoivent.

La première édition de l'ouvrage original, Moutaineering, the Freedom of the Hills, date de 1960. L'édition qui m'a été gracieusement prêté (merci PitchOu) est la 7ème et dernière du nom et est globalement à jour, mais traînent encore quelques casseroles de sa grande soeur, qui auraient pu être remis au goût du jour. Histoire de sortir une 8ème ?

Majoritairement, les paragraphes explicatifs auraient pu être un peu plus courts : on a parfois l'impression que les auteurs ont voulu brodé (inutilement) autour d'un sujet pour remplir le maximum de pages. On a l'impression de devoir lire énormément avant de trouver la petite phrase capitale au milieu de la coquille.

Dans un second temps, certains points auraient pu être plus développés, d'autant que l'ouvrage prétend apporter des solutions au maximum de situations, y compris les plus pourries où l'on se retrouve sans matériel, sans premier ou sans second. Malgré cela, la solution de secours pour descendre en rappel lorsque l'on n'a plus le matériel adéquat (Réverso ou Huit par exemple), nécessite l'utilisation de 5 mousquetons (j'ai vu un professeur d'escalade sécher sur cette technique)... A côté de cela, le demi-cabestan (qui est LA solution à connaître dans ce genre de situation) dispose d'un paragraphe laconique, sans illustration, et ne renvoyant même pas à la présentation de ce noeud magique, en début d'ouvrage. Je doute qu'un débutant fasse facilement la liaison...

Dans les points à développer, on trouve également la météorologie. Seules quelques pages y sont consacrées alors que c'est un point fondamental de toute sortie en montagne, voire même en falaise. Certes, le but n'est pas de regrouper ici toutes les connaissances de feu Alain Gillot-Pétré, mais dans ce cas pourquoi consacrer un chapitre entier au Cycle de la Neige ?

Quid du débloquage d'un second bloqué sur un rappel ? De la manoeuvre de But, lorsque l'on se trouve bloqué en tête sur un passage difficile ? De l'assurage d'un premier de cordée en tête ?

La pédale, notamment utilisée pour faire des remontées sur corde, est plusieurs fois évoquée mais je n'ai jamais trouvé où elle était expliquée... Là encore, savoir faire une clef de pied (qui ne nécessite aucun matériel) peut vous sauver la vie.

Et puis, il y a les choses qui choquent.

D'après l'ouvrage, le noeud de jonction à faire pour relier deux cordes de rappel est le double pêcheur, surtout pas le Huit double. Le Brevet d'Etat, qui a assuré ma formation d'initiateur escalade, dit tout le contraire... Et mon formateur justifie, lui...

Le plus choquant que j'ai pu voir est l'emplacement du noeud autobloquant lors d'une descente en rappel : soit directement sur votre jambe si vous avec une longue sangle, soit sur l'une des jambières de votre baudrier ! D'abord, je doute que les baudriers d'aujourd'hui soient conçus pour supporter des forces de ce type et de ce sens au niveau de la jambière, surtout lorsque l'on lit ce genre de choses. Ensuite, je ne suis pas sûr qu'il soit très agréable de se retrouver suspendu par votre jambe à votre rappel. Déjà que vous débloquer de ce genre de situation n'est pas simple, là je plains complètement celui qui va venir vous chercher. Jusqu'à présent, il y avait déjà deux écoles (et les débats sont vifs, croyez-moi) : l'autobloquant au-dessus ou au-dessous du descendeur, mais toujours relié au pontet. En voici une troisième...

Ce m'inquiète le plus dans cet ouvrage, ce n'est pas ce que j'ai pu voir, mais plutôt ce que je n'ai pas vu. Je pense très bien connaître une grande majorité des techniques de corde en escalade, et c'est pour cela que les points que je rapporte touchent ce domaine. En revanche, je suis nettement moins connaisseur dans le domaine alpin, ski, et que dire du bivouac ? Comment un débutant, tel que je le suis dans ces domaines, sera en mesure de faire la différence entre une bonne et une mauvaise technique ?

Je pense que, par certains côtés, le Guide de la Montagne peut apporter beaucoup, de part la richesse du domaine, mais il faut absolument avoir une bonne connaissance pour aborder cet ouvrage sereinement. Et même s'il vous apprend, il ne vous permet pas de pratiquer. Rien ne vaut une bonne formation ou un retour direct d'une personne expérimentée.

A ne pas mettre entre toutes les mains.

Si vous aviez une entière confiance dans les livres, il vaudrait mieux ne pas avoir de livre du tout.

6 commentaires:

  1. Hello

    Sympa l'autobloquant sur la jambière.
    C'est un coup à rester bloqué et devoir appeler les pompiers ça, même dans le cas d'une manip en exercice (ça sent le vécu :-) )

    Sinon, je suis tenté d'acheter ça : http://www.ffcam.fr/manuels.html (le premier de la liste)

    Tu en as entendu parler ? Ca a l'air dans le même esprit, mais édité par la FFCAM

    RépondreSupprimer
  2. Ton bouquin il ne parle que de technique et d'escalade : parle-t-il d'alpi, d'autres activité ?
    De même, est ce qu'il évoque d'autres aspects de la montagne tels que la connaissance de la faune et la flore ?

    RépondreSupprimer
  3. Le Guide de la Montagne parle de, globalement, toutes les activités de la Montagne: randonnée, escalade, alpinisme, trekking. Il y a quelques points qui traitent du ski de randonnée, mais qui n'est qu'un dérivé de certaines techniques d'alpinisme.

    Le Milieu Naturel est abordé uniquement pour la partie géologie, cycle de la neige et climat. Cet ouvrage ne traite donc pas de la faune et de la flore.

    Je ne connais pas le Manuel de la Montagne, mais je vais voir ce que les personnes du CAF en pense.

    RépondreSupprimer
  4. Étonnant, chaque section a pourtant été relue par des guides chamoniards pour les parties techniques, ce qui est la moindre des choses pour une maison d'édition basée à Chamonix. Peut-être une différence culturelle entre les techniques américaines et françaises non adaptée. Ca m'est parfois arrivé de voir les yeux de mes partenaires étrangers écarquillés devant un de mes techniques, et inversement.

    RépondreSupprimer
  5. 3 ans plus tard...hihi ;-) Pour le rappel, et relier les 2 brins, je viens de vérifier car ca me semblait un peu zarb' : c'est le noeud simple que le bouquin préconise (et non le double-pécheur, p.184). J'avoue que cela ne me semble pas déconnant : Petzl conseille également le noeud simple dans ses catalogues, idem pour Arnaud Petit (http://unevieagrimper.blogspot.fr/2012/08/les-rappels-avec-une-corde-de-hissage.html) De plus, on m'a toujours déconseillé le double-huit car trop de risque de coincement. Du coup je suis un peu curieuse : quels sont les arguments de ton brevet d'état pour le double-huit ?
    La bise !

    RépondreSupprimer
  6. @Anonyme :
    Effectivement, c'est étonnant. Je me dis que je manque peut-être de connaissances sur certains points et comme tu le dis, c'est issu d'une différence culturelle, mais certaines techniques proposées restent quand même particulièrement étranges, ne serait-ce qu'en regard de la façon d'utiliser du matériel qui, à mon avis, n'est pas prévu pour ce genre d'utilisation.

    @PitchOu :
    Pour le noeud simple, je t'avoue que je ne peux plus vérifier :-) Il pourrait s'agir d'une erreur de ma part. Néanmoins, un noeud simple ne devrait-il pas être systématiquement protégé par un "boulon" ? Ce qui ferait quelque chose d'assez monstrueux au final.

    Le double huit, comme il est généralement fait (c'est-à-dire faire un premier noeud puis y passer le deuxième brin), est effectivement prompt à se coincer. A éviter absolument !

    En revanche, réaliser le double huit directement avec les deux brins crée un effet étonnant : si tu tires sur les deux brins (comme lors du rappel de la corde), le noeud va naturellement se positionner à l'opposé de la paroi, et donc éviter de se coincer.

    C'est en tout cas la version de mon B.E., démontrée rapidement sur un bout de rocher.

    J'avoue cependant que je n'ai jamais eu de corde coincée lors d'un rappel et ne peut donc promouvoir moi-même l'une ou l'autre des méthodes.

    RépondreSupprimer