jeudi 20 janvier 2011

Expédition au Manaslu : compte-rendu de conférence

Comme je l'annonçais récemment, une conférence de Stéphane Portier a eu lieu mardi dernier dans les locaux de HEI. Elle avait pour objectif de présenter son expédition au Manaslu (8163 mètres) en mai 2010. La séance a été globalement instructive et intéressante, bien que pour les initiés ou les grands lecteurs, le récit de l'expédition était relativement classique. Elle a en revanche permis d'assouvir la soif de découverte d'environ 200 personnes, pour la grande majorité sans expérience ou connaissance de la montagne ; les habituelles questions de fin de séance dénotant la curiosité du public.

Pour ma part, l'intérêt se trouvait principalement dans la rencontre d'une personne ayant fait ce genre d'expéditions (je ne m'en suis pour l'instant tenu qu'aux livres), ainsi que dans la découverte des détails qui composent ce genre d'aventures : les petits trucs et astuces de montagnards, le voyage pour se rendre au camp de base et pour en revenir, les explications sur certaines pratiques utilisées en très haute montagne (alors qu'elles sont absentes dans des altitudes plus raisonnables, comme les Alpes)... Mon but était clairement de pouvoir m'instruire pour pouvoir réappliquer par la suite, même dans des courses de bien moindres envergures (si j'atteins un jour les 4900 mètres, ce sera déjà très bien).

L'expédition de Stéphane Portier s'est déroulée de la mi-avril à fin mai 2010. Mais sa phase de préparation a commencé de 10 à 12 mois auparavant : préparation physique et mentale bien entendu (course à pied, aviron, natation et cyclisme : varier les sports permet de ne pas fatiguer le corps inutilement), mais également organisation du voyage lui-même (achat du permis, visa, repérage de la voie et des camps, ...) ainsi que du matériel (expédié par malles à Katmandou, pour un total de 300/400 kilos, plusieurs semaines à l'avance). Pendant cette phase, l'échange, la discussion et le partage avec d'autres personnes d'expérience ayant déjà tenté le sommet sont capitaux.

Le voyage de France jusqu'au camp de base, perturbé par l'éruption du volcan Eyjafjöll, a duré de nombreux jours. Rien que le voyage à dos de mules du dernier village népalais jusqu'au camp de base (4900 mètres) à pris 7 jours. Stéphane Portier a d'ailleurs souligné à ce moment l'importance de l'autonomie dans ce genre de région : aucun secours rapide n'est à espérer. Même si un hélicoptère peut venir au camp de base (ce qui a d'ailleurs été le cas pour leur expédition pour rapatrier un compagnon victime de gelures), il ne faut pas espérer de soins médicaux rapidement. En cas de blessure ou de maladie, chacun était préparé à effectuer sur place les soins (voire l'opération) et les prescriptions médicamenteuses (à l'aide d'une pharmacie de près de 30 kilos !).

L'ascension était de style himalayenne. Ceci implique une attaque du sommet après la mise en place successive de plusieurs camps (dans ce cas, 4 camps ont été nécessaires à 5700, 6400, 6900 et 7400 mètres). Chaque camp étant installé après un portage dédié et systématiquement suivi par une redescente au camp précédent, pour s'acclimater plus facilement (il faut plusieurs semaines pour s'acclimater complètement). Contrairement au style alpin, l'ascension n'est donc pas un simple aller-retour, mais un ensemble de montées et de descentes successives, amenant toujours plus haut. Au plus fort de l'ascension, 3 camps étaient simultanément en place : je vous laisse imaginer le nombre de tentes (et le nombre de kilos à transporter) nécessaires. Ce que je ne savais pas (est-ce toujours pratiqué ou cela dépend-t-il de l'expédition et des conditions ?), c'est que les himalayistes redescendent au camp de base avant la remontée et l'attaque finale du sommet. Cela leur permet de se reposer du terrible chantier de construction, dont ils ont fait les frais pendant plusieurs jours, et de cibler une fenêtre météo adéquate.

Contrairement au style alpin, les himalayistes n'évoluent pas encordés. Le temps de réaction étant dangereusement rallongé du fait du manque d'oxygène, ils préfèrent s'assumer seuls sans risquer de mettre en danger un autre membre de la cordée. Le moindre faux pas, la moindre erreur technique ne pardonne donc pas : dans ce genre d'expédition, l'engagement est total.

Le sommet a été tenté avec succès, par les 7 alpinistes en mesure de le faire, le 25 mai au matin.

La redescente au camp de base, avec démontage de tous les camps, s'est effectué le lendemain. C'est la journée la plus dure de l'expédition : en une seule journée, après des jours de conditions extrêmes et d'activités physiques intenses, il faut redescendre tout le matériel monté et installé. Les sacs à dos atteignent alors près de 40 kilos. C'est pendant la descente que la majorité des accidents arrivent et en particulier, pour le cas des expéditions en très haute montagne, ce dernier jour. Cela confirme un chiffre que j'avais déjà lu par le passé : 80% des accidents (tous types d'expéditions confondus) surviennent après le sommet. D'où l'importance de rester concentrés jusqu'au bout, malgré la fatigue ou la joie.



La conférence m'a donc permis d'apprendre et découvrir un peu plus concrètement la réalité d'une expédition en (très) haute montagne. Il est cependant dommage que l'aspect relationnel et la découverte des compagnons de cordées composant l'expédition n'aie pas plus été abordé. Je n'ai d'ailleurs pas été le seul à le penser : la toute première question (merci Jean-Marie !) a été de savoir combien de personnes composaient l'expédition : 8 au total dont une femme, tous français. Comme l'a souligné Stéphane Portier, il s'est créé, au cours de l'expédition, des relations comme on ne le peut nul autre part. J'aurais aimé le voir plus présent dans le discours.

Un dernier petit truc pour les montagnards en herbe : le froid et l'humidité sont mortels en montagne. Toute transpiration, humidifiant les habits, contribue à conduire le froid et à empêcher le corps de se réchauffer. Il faut donc impérativement s'empêcher de transpirer, en ouvrant largement les habits lorsque les conditions le permettent, et de les refermer lorsque le froid gagne.

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