samedi 26 février 2011

Avalanches : Idée reçue #2

En skiant sur un domaine, je suis hors de danger.

Malheureusement et, bien que cela soit très rare, c'est faux.

Que vous soyez sur un domaine skiable, en hors-piste à 50 mètres des balises ou dans une mer de poudreuse au milieu de nul part, vous êtes avant tout en montagne où le risque 0 n'existe pas.

Chaque domaine skiable digne de ce nom a à sa disposition une équipe de pisteur-secouristes dont le travail est, entre autres, de sécuriser les pistes en déclenchant des avalanches quand cela est nécessaire. Je vous invite d'ailleurs à prendre connaissance des différents moyens de déclenchement, aussi nombreux que variés (Catex, Gazex, Canon anti-avalanches ...). Leur objectif consiste à s'assurer qu'aucune avalanche ne touche les pistes et ils pêchent donc plus souvent par excès de prudence qu'autre chose, quitte à retenter un déclenchement si le premier n'a rien donné. Les accidents de ce type sont donc très rares mais des précédents existent. Par exemple, la station de Saint-Lary-Soulan dans les Pyrénées a été le théâtre d'un tel évènement, dans lequel 3 skieurs ont été emportés et l'un d'entre eux blessé à la jambe. C'était en Mars 2009. Cette vidéo, localisée à Val d'Isère, montre également une (petite) avalanche juste au-dessus des pistes.

Le but de ce billet n'est bien entendu pas d'attirer les foudres des pisteur-secouristes, qui font leur travail du mieux qu'ils peuvent mais qui ne sont pas à l'abri d'un imprévu. L'objectif est ici d'attirer votre attention sur deux points :

1. Le risque 0 n'existe pas lorsque l'on parle d'avalanches. D'ailleurs, il est intéressant de noter que l'échelle des risques des avalanches ne dispose pas de niveau 0 ou nul. Il faut savoir qu'un risque d'avalanche est calculé par une centrale (Météo France ?) sur la base d'un ensemble de variables (hauteur de neige, température, ...) relevées et communiquées par des personnes sur place ainsi que sur les éléments constatés les jours précédents. Le niveau calculé est donc une moyenne de ces différentes variables. Par conséquent, si la station indique un risque 1 - Faible, cela ne veut pas dire qu'il ne sera pas de 3 - Marqué dans une combe au relief particulier.

2. Le point le plus important auquel est dédié ce billet est le suivant : à partir du moment où vous sortez des pistes, vous êtes en hors-pistes. Vous êtes donc en dehors des protections des pisteurs-secouristes (que ce soit les avalanches, les trous non signalés, ...) et vous devez donc être équipés en conséquence : trilogie DVA, pelle, sonde. Bien que les pisteur-secouristes essayent généralement de protéger un peu plus que l'intégralité du domaine balisé, ils ne vous garantissent plus rien. Allez d'ailleurs consulter votre contrat d'assurance à propos du hors-piste, vous y trouverez des choses intéressantes.

Ici n'est pas l'objectif de jouer les alarmistes mais de rappeler que la montagne, dans toutes ses activités, présente des risques et que si vous n'avez pas le niveau physique ou théorique, il convient de rester bien au chaud.

vendredi 18 février 2011

Ouverture de voie (4)

En 2009 (déjà !), j'avais publié une série d'articles consacrée à l'ouverture de voies en Structures Artificielles d'Escalade (SAE). Je vous donne les liens pour y revenir si vous le souhaitez :
  1. Ouverture : quoi qu'est-ce ? et préparation
  2. Manipulation du matériel et technique d'assurage
  3. L'ouverture proprement dite
Il se trouve que lors des deux derniers week-ends, j'ai eu l'occasion de participer à un stage organisé par le CAF d'Auby qui avait pour objectif d'initier à l'ouverture de voies et de blocs et d'obtenir, au final, la qualification d'ouvreur de club. 4 jours de formation qui avaient, pour ma part, l'objectif de compléter mon expérience en la matière, en profitant des conseils du formateur mais aussi en discutant avec d'autres ouvreurs, qui ont leur expérience propre, et en ouvrant sur un autre mur avec d'autres jeux de prises.

Ce stage m'a permis de confirmer les connaissances théoriques que j'avais sur la question et que j'avais rapporté dans les articles dont les liens se trouvent ci-dessus. J'ai cependant pu apprendre quelques petits trucs et astuces supplémentaires dont je vais vous faire part avec plaisir.

Commencer par les voies dures (lors de la refonte totale d'un mur)

Lorsque vous planifiez de démonter entièrement un mur, comme nous l'avions fait en 2009 ou que nous l'avons fait dans le cadre de ce stage, il convient de commencer par ouvrir les voies les plus dures.

En effet, vous utiliserez ainsi les jeux de prises les plus techniques et les plus adaptées à ce type de voies. Vous ne les "perdrez" donc pas dans des voies faciles et il vous restera de toute façon des prises plus faciles pour les voies de moindre niveau.

A vous de déterminer qu'est-ce qu'une voie dure. Un voie dure pour un mur dédié au milieu scolaire pourra être un "simple" 6B. Discutez en avec l'équipe d'ouvreurs pour définir une cotation max adaptée.

Il est cependant appréciable d'avoir une voie facile sur quelques cordes pour vous aider à progresser sur le mur. Nous avons ouvert une voie très dure sans aucune prise sur le pan, je peux vous assurer que nous y avons laissé des doigts. Donc, lorsque vous démontez, laissez quelques voies faciles ou commencez par ouvrir des "échelles".

Répartir les niveaux sur la totalité du mur

Les CAFs de la région Nord-Pas-de-Calais évoluent, pour ceux que je connais, sur des SAE qui sont partagées avec le milieu scolaire. L'ouverture des voies doit absolument en tenir compte, sous peine de se brouiller avec les autres utilisateurs du mur, ce qui n'est jamais bon.

Il est ainsi conseillé de répartir le niveau des voies sur la totalité du mur, de façon à ce que les élèves ne soient pas groupés au même endroit. Imaginez un mur de 10 cordes, 20 élèves (pour être gentil) et seulement 3 cordes qui proposent les 10 voies faciles. Il est impossible de faire cours dans ces conditions.

L'idéal est donc d'avoir au moins une voie facile par corde. De la même façon, les voies plus dures doivent également être réparties.

Là encore, n'hésitez pas à parler avec les professeurs de sport, de façon à connaître leurs attentes sur la question.

Ouvrir des blocs

L'ouverture de blocs est, comme on peut l'imaginer, totalement différente de l'ouverture de voies.

La grande règle de l'ouverture en bloc, c'est "les grimpeurs doivent pouvoir prendre plaisir et passer du bon temps". Le bloc se pratique en groupe et doit être l'occasion d'une bonne partie de rigolade. Les mouvements doivent donc être gymniques, amples, ramassés, dynamiques... : peu importe du moment qu'ils soient ludiques ! Ils sont un condensé de force et/ou de technique, ce qui permet de travailler certains mouvements qui sont bien au-dessus de notre niveau en voie. Un bloc c'est toujours 10 mouvements max. 1 seul mouvement (un jeté par exemple), fonctionne également ;-)

Pour ma part, j'ai pris un grand plaisir à ouvrir en bloc: toutes les folies y sont possibles. Ma réflexion était minimale : dès que j'avais une idée, je la jetais littéralement sur le mur après un choix de prises le plus rapide possible. Résultat : 4 blocs ouverts en un peu plus d'une demi-journée avec un minimum d'ajustements.

Bilan du stage

Bien que l'apport de connaissances n'aie pas été aussi important que sur d'autres stages, le bilan de celui-ci est, comme d'habitude, positif. Je me suis fait étonnamment plaisir dans l'ouverture des blocs et j'ai participé, conjointement avec Mathieu, à l'ouverture de ma première voie officiellement cotée 7A ! Un petit plaisir en soi car cela veut dire que je suis capable d'imaginer des mouvements qui sont à mon niveau max (voire légèrement au-dessus) tout en proposant des mouvements jolis et agréables à enchaîner...

Je dédie enfin ce billet à notre formateur qui m'a légué, en plus de son savoir et sa motivation, un petit virus m'ayant donné tout le temps de faire le rapport de ces 4 jours. Merci Nico, c'est toujours un plaisir !

jeudi 17 février 2011

Avalanches : Idée reçue #1

Au cours de mon initiation à l'utilisation des DVA, j'ai eu l'occasion de discuter avec le pisteur-secouriste, qui a cassé quelques idées reçues que j'avais. Pour chacune de ces idées, je vais donc publier un billet qui expliquera l'idée, son contraire et, le cas échéant, donnera une explication. Première idée reçue :

Une avalanche ne frappe jamais deux fois au même endroit.

FAUX.

Ma phrase est volontairement tournée de telle façon que l'on puisse en aborder deux aspects.

Premièrement et pour commencer par la plus évidente, la notion de couloirs d'avalanches est connue depuis bien longtemps, y compris des "anciens" qui construisaient leur maison hors de ces couloirs et, lorsque cela n'était pas possible, construisaient des paravalanches aux formes bizarres. Aujourd'hui, les secteurs avalancheux sont recensés par les autorités et sont étroitement surveillés lorsque cela le nécessite. La très grande majorité de la population se doute donc que là où une avalanche a frappé, une autre avalanche frappera. Ce n'est qu'une question de temps.

Ce que les gens savent moins, c'est qu'un risque de sur-avalanche existe bel et bien. Lorsqu'une avalanche se produit dans un secteur donné, aucun risque n'est écarté pour les minutes, heures ou jours suivants.

Ce risque de sur-avalanche dépend bien évidemment de la topologie du terrain, de la nivologie et des caractéristiques de la première avalanche. Mais comme ces facteurs sont difficiles à apprécier rapidement, même les pisteurs-secouristes, lorsqu'ils interviennent sur un secours de victime d'avalanche, postent un observateur à l'écart du champ de recherche, de façon à prévenir tout le groupe en cas de danger.

Ce qu'il faut retenir, c'est donc que passer à travers les traces visibles d'une avalanche passée ne vous mettra pas à l'abri du danger.

mardi 15 février 2011

Pourquoi courir en montagne ?

Un très beau film qui prend pour contexte l'ultra-trail de la Grande Traversée des Alpes via le GR5 (625 kilomètres du Lac Léman à la Méditerranée), dont la dernière édition s'est déroulée du 15 au 28 août 2010 (14 jours, 14 étapes, 14 marathons de montagne).

Mais la Montagne reste universelle et ce film s'adresse à tous, randonneurs, coureurs, en montagne ou en plaine, à tous les amoureux de l'effort et des belles valeurs sportives.

A regarder et à savourer.








mardi 8 février 2011

Initiation à l'utilisation des Arva

Comme je le disais dans un billet précédent, Valloire est pleine de surprises pour les skieurs invétérés : les snowparks habituels sont évidemment de mise, une "Zone Chrono" a été mise en place pour littéralement flasher les skieurs qui souhaitent savoir à quelle vitesse monte leur "tout-schuss" et... une "Zone Arva" est disponible pour ceux qui souhaitent s'initier à l'utilisation des Détecteurs de Victimes d'Avalanches (DVA). Le tout est gratuit. L'initiative est surprenante (je n'en ai jamais vu ailleurs) mais particulièrement appréciable, lorsque l'on sait que les victimes d'avalanches ne sont pas si rares que cela, et que le temps de réaction dans ce genre de cas est primordial pour sauver des vies (pour rappel, au-delà de 15 min sous la neige, le taux de survie passe très rapidement de 85% à 30% à peine). Informations prises au près d'un pisteur-secouriste prénommé Thierry, je me suis donc rendu, en compagnie d'un cobaye, à la fameuse zone...

Celle-ci se présente sous la forme d'un rectangle d'environ 30 mètres sur 15, à flanc de montagne, dans laquelle ont été volontairement ensevelies 6 balises équipées d'un DVA. En fonction du niveau de l'exercice choisi au moyen d'une borne automatique à disposition du public, une ou plusieurs balises se mettent à émettre et s'arrêtent une fois que vous sondez (cf. les étapes ci-dessous) au bon endroit. Vous pouvez alors constater le temps que vous avez mis à retrouver l'intégralité des "victimes". Le Domaine de Valloire vous prête gracieusement le matériel si vous n'en disposez pas (DVA + sonde), et nous avons eu la chance, en prime, d'avoir un pisteur-secouriste qui est resté à côté de nous pendant près d'une heure et demie pour nous expliquer le fonctionnement de l'outil et nous en apprendre plus sur les avalanches. Je ne connais pas son nom, mais s'il se reconnaît : encore merci !

Je ne prétends pas, ci-dessous, donner un cours exhaustif sur l'utilisation des DVA. Mon initiation a été courte et effectuée dans des conditions facilitées. Je souhaite partager le maximum d'informations possibles sans pour autant remplacer une véritable formation auprès d'un professionnel. La pratique de l'exercice est indispensable à la bonne utilisation de l'outil dans des conditions réelles, où le stress, la fatigue et d'éventuelles blessures viendront diminuer votre lucidité et votre rapidité, cruciales pour sauver les victimes.

Il faut tout d'abord savoir que Arva est une marque, tout comme Ortovox, et qu'il faut donc parler de DVA (Détecteur de Victimes d'Avalanche) lorsque l'on parle du matériel proprement dit. Tous les DVA fonctionnent sur le même principe d'émission et réception d'ondes paraboliques (ressemblant un peu aux oreilles de Mickey) : ils émettent lorsqu'ils sont portés par les skieurs et passent (manuellement) en mode réception lorsqu'une recherche doit commencer. Le même appareil fait donc à la fois office de balise ou de détecteur. Les différentes marques sont normalement toutes compatibles entre elles, car répondant au même principe : un Arva peut détecter un Ortovox, et inversement.

Les DVA sont à différencier du système Recco qui consiste, lui, dans une pastille passive portée par le skieur et par un détecteur détenu par les secouristes (cf. cet article de Kairn sur le système Recco). Contrairement aux DVA, Recco ne permet donc pas aux skieurs d'être autonomes lorsqu'ils font du hors-pistes. Pour information, il est important de porter deux systèmes Recco sur soi lorsque l'on part dans des zones à risques : les deux doivent être diamétralement opposés sur le corps (l'un à l'épaule droite et l'autre au pied gauche, par exemple), afin de toujours pouvoir être détectés quelle que soit la position de la victime dans la neige.

Que ce soit un DVA ou un Recco, il est important de le porter sous les vêtements de façon à ce qu'il ne soit pas arraché par l'avalanche.

Recherche d'une victime avec un DVA

Lorsque vous commencez à rechercher une victime d'avalanche, commencez par téléphoner aux secours. Le temps qu'ils arrivent, vous pourriez avoir retrouver la victime. Ensuite, deux cas peuvent se présenter :
  • vous captez dès le départ un signal, et dans ce cas vous pouvez directement passer à l'étape d'approche globale,
  • vous ne captez rien (la victime dispose-t-elle d'un DVA ?) et vous devez avancer en pratiquant de grands zigzags jusqu'à capter quelque chose.
Notez qu'il faut toujours prendre en compte les indices dont vous disposez : un ski qui dépasse, les déclarations d'un témoin de la scène qui peut vous dire à partir d'où la victime a disparu, ... Ils ne sont pas systématiquement des sources fiables mais les prendre en compte peut orienter vos recherches.

Attention, vous ne devez JAMAIS changer l'orentation de votre DVA une fois que vous avez commencé vos recherches. L'orientation de votre appareil influe en effet sur la réception et les indications qu'il va vous donner (cela est dû à la nature paraboliques des ondes émises).

Cette orientation :

est différente de celle-ci :

Pourtant la position est la-même.

Approche globale

Votre DVA est réglé sur le niveau de réception le plus large et capte un signal, faible mais visible et audible : les DVA émettent un son de plus en plus fort en fonction de ce qu'ils réceptionnent, et affichent également cette information grâce à 3 LEDs de couleur verte, orange et rouge (par ordre croissant), en tout cas pour le modèle Ortovox F1. La petite lumière verte clignote et un son est audible. Votre approche peut commencer.

Ce qu'il faut savoir, avant de commencer à vous déplacer, c'est que le DVA n'indique pas directement votre proximité avec la victime qu'il capte, mais va vous permettre de vous diriger avec méthodologie vers elle, à travers un espace que l'on peut se représenter comme une grille, dont les cases deviendront de plus en plus petites au fur et à mesure que votre recherche s'affinera. Votre parcours peut donc paraître chaotique au final (et non pas se présenter sous la forme d'une ligne droite allant directement à la victime) mais vous guidera à coup sûr au bon endroit si vous suivez bien les consignes, qui vous sont résumées ci-dessous.

Avancez tout droit en étant bien concentrés sur le son et les lumières. Si le son augmente et que les lumières passent à l'orange puis le rouge, c'est que vous êtes sur la bonne voie. Si le son diminue ou que les lumières repassent à l'orange puis le vert, c'est que vous vous éloignez. Sur le schéma suivant, après avoir avancé de quelques pas, vous captez un son moyen et une lumière orange à un certain point :

Si vous continuez d'avancer, le son diminue et la lumière orange s'éteint :

Vous êtes allés trop loin, et vous devez revenir à votre point de réception le plus fort (le son réaugmente et la lumière revient à l'orange), que vous avez repéré en passant :

Attention, vous ne devez jamais changer l'orientation de votre DVA, et vous devez uniquement aller en avant, en arrière ou sur les côtés, sans vous tourner.

A partir de ce point, vous devez explorer les différentes orientations possibles : avant, arrière, gauche et droite. Vous venez de derrière, et vous avez déjà fait l'avant. Vous avez donc le choix entre gauche ou droite. Prenez à droite :

Après quelques pas, vous remarquez que le son diminue et la lumière revient au vert. Ce n'est pas la bonne direction : revenez au point le plus fort :

Il ne vous reste plus que la gauche. Au fur et à mesure, le sont augmente puis la lumière passe au rouge. Bingo !
Dès que la lumière est au rouge, vous avez atteint la meilleure précision possible pour ce niveau de réception. Vous pouvez descendre d'un niveau sur votre appareil (on ne descend d'un niveau QUE si la lumière rouge clignote clairement), dont le son diminue alors et la lumière verte reprend la main :
Continuez de vous déplacer, en reprenant les mêmes principes : avant, arrière, droite et gauche sans jamais tourner. L'ordre importe peu du moment que vous savez ce que vous avez déjà fait et que vous vous souvenez du point de réception précédent le plus fort (n'hésitez pas à faire des traces au sol). Pour ma part, j'ai toujours suivi ce même schéma quoi qu'il ait arrivé. Avancez :
La lumière orange reprend la main puis diminue. En explorant en avant, à gauche puis à droite, vous obtenez les informations suivantes :
La droite est donc la bonne piste à explorer. Notez que dans ce cas, vous n'avez pas encore de lumière rouge (elle n'apparaît pas forcément à chaque étape) et que vous pouvez même ne pas avoir de lumière orange : vous auriez simplement pu avoir une lumière restée verte mais avec un son très légèrement plus fort. C'est pour cela qu'il faut être très attentif à toutes les indications fournies par le DVA : il est important de repérer le point de réception le plus fort. A partir de ce nouveau point, vous pouvez ré-explorer toutes les directions :
L'avant est la bonne piste avec, en prime, une lumière rouge, qui vous autorise à baisser votre niveau de réception d'un autre niveau. Vous pouvez alors continuer le même principe de déplacement (avant, arrière, gauche, droite), jusqu'au niveau le plus bas de votre DVA.

Lors de toute cette approche, naturellement, vous avez tenu votre DVA globalement au niveau de votre nombril. C'est suffisant pour une bonne partie de la démarche, mais pas assez pour les derniers mètres. Pour les deux derniers niveaux de réception de votre DVA, il faut le baisser respectivement au niveau des genoux puis au niveau du sol, quitte à le faire racler la neige. Sans cela, vous ne capterez pas suffisamment et vous risquez de passer à côté du signal.

Approche finale

La délimitation finale de la zone de sondage est relativement facile à faire : mettez le DVA au niveau du sol, à l'endroit où le signal est le plus fort (son assourdissant et lumière rouge vive). Notez que le niveau de réception de votre DVA est au plus bas. Toujours sans tourner le DVA, avancez le jusqu'à ce que le signal se perde légèrement. Arrêtez, faites une marque (au pied par exemple), et revenez au point le plus fort.

Reculez jusqu'à ce que le signal se perde légèrement, arrêtez, faites une marque et revenez au point le plus fort.

Faites de même pour la gauche et la droite.

Vous venez de délimiter un rectangle ou carré dans lequel se trouve grosso modo la victime. Posez le DVA au point de réception le plus fort et à partir de maintenant, n'y touchez plus. Ce repère est crucial et ne doit plus bouger. De plus, si vous vous mettez à reprendre les recherches, c'est que vous avez fait une erreur auparavant et la suite est donc très mal engagée. Mieux vaut prendre son temps au début mais faire mouche à coup sûr.

Sondage

Vous croyez avoir terminé et fait le plus dur ? Détrompez-vous ! Le sondage est harassant dans des conditions facilitées (peu de neige, pas de poudreuse, ...) alors dans une situation réelle, je n'imagine pas...

Avec votre sonde (cf. photo ci-dessous), sondez juste à côté du DVA. Allez jusqu'au sol sur lequel votre sonde tapera avec un bruit sec. Si votre sonde touche la victime ou son sac à dos, elle rebondira comme sur un sol mou. Il paraît que la sensation dans la sonde est caractéristique.

Ne manipulez jamais votre sonde à mains nues : si vous transpirez, la sueur va geler sur la sonde et sera alors inutilisable.

Si votre premier sondage ne donne rien, pas de panique : les DVA ne sont pas précis au centimètre près. Recommencez en élargissant le champ de sondage en lui faisant prendre la forme d'un escargot.

Une fois la victime trouvée, pelletez pour la dégager. Les secours devraient avoir eu le temps d'arriver pour vous porter assistance.

Rechercher plusieurs victimes ensevelies

Là, ça se complique. J'ai essayé de faire l'exercice, mais c'est autrement plus compliqué. Le DVA bippe de partout et il devient difficile de capter quoi que ce soit et surtout de suivre les informations. Je n'ai donc que peu de conseils à vous donner :
  • Si vous avez plusieurs victimes à rechercher et que vous en trouver une première, coupez son DVA avant de passer à la suivante,
  • Il vaut mieux parfois être certain de sauver une victime plutôt que de perdre tout le monde. La première victime trouvée doit faire l'objet de toutes vos attentions, sauf si elle se porte clairement bien (ce qui ne sera pas le cas). La décision est dure mais il faut être réaliste.
Petits trucs en plus

Un DVA c'est au minimum 140 euros. Ce n'est pas donné, mais c'est le prix de votre vie ou de celle de vos camarades.

Un DVA seul ne sert à rien : il doit servir à détecter un autre DVA ou à être détecté.

Un DVA porté par quelqu'un qui ne sait pas s'en servir, ne sert à rien. Si votre copain n'a jamais appris à l'utiliser et que vous êtes pris par une avalanche, il ne saura pas vous retrouver.

Le lieu de disparition d'une victime dans une avalanche est le point le plus haut que vous deviez fouiller : la victime ne pourra pas être remontée.

De nouveaux modèles de DVA plus perfectionnés sont sortis sur le marché. Je n'ai pas eu l'occasion de les voir et encore moins de les tester, mais ils semblent être capables de vous indiquer directement la bonne direction à prendre. Ils coûtent plus chers, mais s'ils peuvent être utilisés avec un minimum de formation...

Comme toute pratique, l'entraînement est la condition de la réussite dans les cas réels. Allez faire enterrer un DVA par un copain dans un endroit bien poudreux et au relief un peu travaillé. Ne rêvez pas : le résultat d'une avalanche est loin d'être lisse et facilement praticable. Vous aurez de la neige jusqu'à la poitrine, vous perdrez pied, vous tomberez, ...

Le mieux, avec les avalanches, est encore de ne pas se faire prendre. Hé oui ! La Montagne s'apprend, se respecte et se prépare. Consultez les bulletins météo et soyez humbles : si vous n'avez pas le niveau ou que le risque est trop élevé, restez chez vous à regarder des DVDs de montagne. C'est beau aussi et ça fait moins mal.

Epilogue

L'utilisation d'un DVA est simplissime une fois que l'on a compris le principe. Mais ce dernier ne peut pas s'inventer. Si vous vous trouvez dans un cas réel et que vous n'avez jamais appris à vous en servir, dites vous qu'il y a toujours de l'espoir et que vous pouvez avoir énormément de chance mais, honnêtement, vous ne saurez pas faire. Si vous avez l'occasion de vous former, sautez sur l'occasion. Vous voulez une raison supplémentaire :

Que ce soit Florence ou moi-même, nos exercices ont eu les résultats suivants :
  • plus de 8 min de recherches pour le premier (pour ma part 8 min 45 sec), avec aide du pisteur-secouriste,
  • environ 4 min pour les autres (pour ma part 3 min 56 et 4 min 05), sans aide du pisteur-secouriste, soit moitié moins dès le deuxième essai !
Je ne le répéterai jamais assez : formez-vous ! Des initiatives comme celles-ci, gratuites qui plus est, sauvent des vies : la vôtre ou celle de votre ami.

Dans un prochain billet, je casserai quelques idées reçues sur les avalanches et essaierai de vous en apprendre plus sur ces phénomènes.

Merci à Florence d'avoir accepté que j'utilise les photos pour cet article, merci aux pisteurs-secouristes de Valloire pour leur patience et leurs explications, et merci à tous les pisteurs-secouristes en général qui prennent de gros risques chaque jour pour que la montagne reste un plaisir.

dimanche 6 février 2011

Valloire : Sculptures sur Neige

J'entame ici une série de billets suite à quelques jours passés à Valloire, dans la Vallée de la Maurienne. Comme vous le verrez par le suite, malgré une apparence "station familiale bon enfant", Valloire propose des choses très intéressantes, y compris pour les amateurs de montagne les plus sportifs. Histoire de les faire languir un peu, je commence donc avec le billet qui devrait le moins les intéresser.

Chaque année, Valloire organise deux concours : un de Sculpture sur Glace et un autre de Sculpture sur Neige. Les blasés diront que c'est du déjà vu et que cela n'a rien d'extraordinaire. Mais je peux vous assurer que voir le résultat de ses yeux change la donne du tout au tout. Voilà quelques aperçus de ce que les équipes internationales (France, Estonie, Belgique, ...) sont capables de faire à partir d'un gros bloc de neige :


Ci-dessus, une partie de l'enfilade de toutes les sculptures.


L'un des gagnants du concours (devinez d'où vient l'équipe ?).


Ci-dessus, un autre gagnant du concours que j'aime particulièrement. Les détails étaient bien plus nombreux que ne le laisse deviner la photo.

Une petite dernière (sinon je vais toutes les faire une par une) dont j'aime surtout la photo avec, au premier plan, un... photographe :


Je n'ai pas pris le temps d'aller voir les sculptures sur glace qui tenaient apparemment encore bien le coup (elles avaient été faites avant celles sur neige). Éclairer d'une bonne façon, elles devaient simplement, de nuit, être sublimes.

Si vous passez dans le coin de Valloire en ce moment, ou l'année prochaine, aller y faire un tour; cela vaut le coup.