mardi 8 février 2011

Initiation à l'utilisation des Arva

Comme je le disais dans un billet précédent, Valloire est pleine de surprises pour les skieurs invétérés : les snowparks habituels sont évidemment de mise, une "Zone Chrono" a été mise en place pour littéralement flasher les skieurs qui souhaitent savoir à quelle vitesse monte leur "tout-schuss" et... une "Zone Arva" est disponible pour ceux qui souhaitent s'initier à l'utilisation des Détecteurs de Victimes d'Avalanches (DVA). Le tout est gratuit. L'initiative est surprenante (je n'en ai jamais vu ailleurs) mais particulièrement appréciable, lorsque l'on sait que les victimes d'avalanches ne sont pas si rares que cela, et que le temps de réaction dans ce genre de cas est primordial pour sauver des vies (pour rappel, au-delà de 15 min sous la neige, le taux de survie passe très rapidement de 85% à 30% à peine). Informations prises au près d'un pisteur-secouriste prénommé Thierry, je me suis donc rendu, en compagnie d'un cobaye, à la fameuse zone...

Celle-ci se présente sous la forme d'un rectangle d'environ 30 mètres sur 15, à flanc de montagne, dans laquelle ont été volontairement ensevelies 6 balises équipées d'un DVA. En fonction du niveau de l'exercice choisi au moyen d'une borne automatique à disposition du public, une ou plusieurs balises se mettent à émettre et s'arrêtent une fois que vous sondez (cf. les étapes ci-dessous) au bon endroit. Vous pouvez alors constater le temps que vous avez mis à retrouver l'intégralité des "victimes". Le Domaine de Valloire vous prête gracieusement le matériel si vous n'en disposez pas (DVA + sonde), et nous avons eu la chance, en prime, d'avoir un pisteur-secouriste qui est resté à côté de nous pendant près d'une heure et demie pour nous expliquer le fonctionnement de l'outil et nous en apprendre plus sur les avalanches. Je ne connais pas son nom, mais s'il se reconnaît : encore merci !

Je ne prétends pas, ci-dessous, donner un cours exhaustif sur l'utilisation des DVA. Mon initiation a été courte et effectuée dans des conditions facilitées. Je souhaite partager le maximum d'informations possibles sans pour autant remplacer une véritable formation auprès d'un professionnel. La pratique de l'exercice est indispensable à la bonne utilisation de l'outil dans des conditions réelles, où le stress, la fatigue et d'éventuelles blessures viendront diminuer votre lucidité et votre rapidité, cruciales pour sauver les victimes.

Il faut tout d'abord savoir que Arva est une marque, tout comme Ortovox, et qu'il faut donc parler de DVA (Détecteur de Victimes d'Avalanche) lorsque l'on parle du matériel proprement dit. Tous les DVA fonctionnent sur le même principe d'émission et réception d'ondes paraboliques (ressemblant un peu aux oreilles de Mickey) : ils émettent lorsqu'ils sont portés par les skieurs et passent (manuellement) en mode réception lorsqu'une recherche doit commencer. Le même appareil fait donc à la fois office de balise ou de détecteur. Les différentes marques sont normalement toutes compatibles entre elles, car répondant au même principe : un Arva peut détecter un Ortovox, et inversement.

Les DVA sont à différencier du système Recco qui consiste, lui, dans une pastille passive portée par le skieur et par un détecteur détenu par les secouristes (cf. cet article de Kairn sur le système Recco). Contrairement aux DVA, Recco ne permet donc pas aux skieurs d'être autonomes lorsqu'ils font du hors-pistes. Pour information, il est important de porter deux systèmes Recco sur soi lorsque l'on part dans des zones à risques : les deux doivent être diamétralement opposés sur le corps (l'un à l'épaule droite et l'autre au pied gauche, par exemple), afin de toujours pouvoir être détectés quelle que soit la position de la victime dans la neige.

Que ce soit un DVA ou un Recco, il est important de le porter sous les vêtements de façon à ce qu'il ne soit pas arraché par l'avalanche.

Recherche d'une victime avec un DVA

Lorsque vous commencez à rechercher une victime d'avalanche, commencez par téléphoner aux secours. Le temps qu'ils arrivent, vous pourriez avoir retrouver la victime. Ensuite, deux cas peuvent se présenter :
  • vous captez dès le départ un signal, et dans ce cas vous pouvez directement passer à l'étape d'approche globale,
  • vous ne captez rien (la victime dispose-t-elle d'un DVA ?) et vous devez avancer en pratiquant de grands zigzags jusqu'à capter quelque chose.
Notez qu'il faut toujours prendre en compte les indices dont vous disposez : un ski qui dépasse, les déclarations d'un témoin de la scène qui peut vous dire à partir d'où la victime a disparu, ... Ils ne sont pas systématiquement des sources fiables mais les prendre en compte peut orienter vos recherches.

Attention, vous ne devez JAMAIS changer l'orentation de votre DVA une fois que vous avez commencé vos recherches. L'orientation de votre appareil influe en effet sur la réception et les indications qu'il va vous donner (cela est dû à la nature paraboliques des ondes émises).

Cette orientation :

est différente de celle-ci :

Pourtant la position est la-même.

Approche globale

Votre DVA est réglé sur le niveau de réception le plus large et capte un signal, faible mais visible et audible : les DVA émettent un son de plus en plus fort en fonction de ce qu'ils réceptionnent, et affichent également cette information grâce à 3 LEDs de couleur verte, orange et rouge (par ordre croissant), en tout cas pour le modèle Ortovox F1. La petite lumière verte clignote et un son est audible. Votre approche peut commencer.

Ce qu'il faut savoir, avant de commencer à vous déplacer, c'est que le DVA n'indique pas directement votre proximité avec la victime qu'il capte, mais va vous permettre de vous diriger avec méthodologie vers elle, à travers un espace que l'on peut se représenter comme une grille, dont les cases deviendront de plus en plus petites au fur et à mesure que votre recherche s'affinera. Votre parcours peut donc paraître chaotique au final (et non pas se présenter sous la forme d'une ligne droite allant directement à la victime) mais vous guidera à coup sûr au bon endroit si vous suivez bien les consignes, qui vous sont résumées ci-dessous.

Avancez tout droit en étant bien concentrés sur le son et les lumières. Si le son augmente et que les lumières passent à l'orange puis le rouge, c'est que vous êtes sur la bonne voie. Si le son diminue ou que les lumières repassent à l'orange puis le vert, c'est que vous vous éloignez. Sur le schéma suivant, après avoir avancé de quelques pas, vous captez un son moyen et une lumière orange à un certain point :

Si vous continuez d'avancer, le son diminue et la lumière orange s'éteint :

Vous êtes allés trop loin, et vous devez revenir à votre point de réception le plus fort (le son réaugmente et la lumière revient à l'orange), que vous avez repéré en passant :

Attention, vous ne devez jamais changer l'orientation de votre DVA, et vous devez uniquement aller en avant, en arrière ou sur les côtés, sans vous tourner.

A partir de ce point, vous devez explorer les différentes orientations possibles : avant, arrière, gauche et droite. Vous venez de derrière, et vous avez déjà fait l'avant. Vous avez donc le choix entre gauche ou droite. Prenez à droite :

Après quelques pas, vous remarquez que le son diminue et la lumière revient au vert. Ce n'est pas la bonne direction : revenez au point le plus fort :

Il ne vous reste plus que la gauche. Au fur et à mesure, le sont augmente puis la lumière passe au rouge. Bingo !
Dès que la lumière est au rouge, vous avez atteint la meilleure précision possible pour ce niveau de réception. Vous pouvez descendre d'un niveau sur votre appareil (on ne descend d'un niveau QUE si la lumière rouge clignote clairement), dont le son diminue alors et la lumière verte reprend la main :
Continuez de vous déplacer, en reprenant les mêmes principes : avant, arrière, droite et gauche sans jamais tourner. L'ordre importe peu du moment que vous savez ce que vous avez déjà fait et que vous vous souvenez du point de réception précédent le plus fort (n'hésitez pas à faire des traces au sol). Pour ma part, j'ai toujours suivi ce même schéma quoi qu'il ait arrivé. Avancez :
La lumière orange reprend la main puis diminue. En explorant en avant, à gauche puis à droite, vous obtenez les informations suivantes :
La droite est donc la bonne piste à explorer. Notez que dans ce cas, vous n'avez pas encore de lumière rouge (elle n'apparaît pas forcément à chaque étape) et que vous pouvez même ne pas avoir de lumière orange : vous auriez simplement pu avoir une lumière restée verte mais avec un son très légèrement plus fort. C'est pour cela qu'il faut être très attentif à toutes les indications fournies par le DVA : il est important de repérer le point de réception le plus fort. A partir de ce nouveau point, vous pouvez ré-explorer toutes les directions :
L'avant est la bonne piste avec, en prime, une lumière rouge, qui vous autorise à baisser votre niveau de réception d'un autre niveau. Vous pouvez alors continuer le même principe de déplacement (avant, arrière, gauche, droite), jusqu'au niveau le plus bas de votre DVA.

Lors de toute cette approche, naturellement, vous avez tenu votre DVA globalement au niveau de votre nombril. C'est suffisant pour une bonne partie de la démarche, mais pas assez pour les derniers mètres. Pour les deux derniers niveaux de réception de votre DVA, il faut le baisser respectivement au niveau des genoux puis au niveau du sol, quitte à le faire racler la neige. Sans cela, vous ne capterez pas suffisamment et vous risquez de passer à côté du signal.

Approche finale

La délimitation finale de la zone de sondage est relativement facile à faire : mettez le DVA au niveau du sol, à l'endroit où le signal est le plus fort (son assourdissant et lumière rouge vive). Notez que le niveau de réception de votre DVA est au plus bas. Toujours sans tourner le DVA, avancez le jusqu'à ce que le signal se perde légèrement. Arrêtez, faites une marque (au pied par exemple), et revenez au point le plus fort.

Reculez jusqu'à ce que le signal se perde légèrement, arrêtez, faites une marque et revenez au point le plus fort.

Faites de même pour la gauche et la droite.

Vous venez de délimiter un rectangle ou carré dans lequel se trouve grosso modo la victime. Posez le DVA au point de réception le plus fort et à partir de maintenant, n'y touchez plus. Ce repère est crucial et ne doit plus bouger. De plus, si vous vous mettez à reprendre les recherches, c'est que vous avez fait une erreur auparavant et la suite est donc très mal engagée. Mieux vaut prendre son temps au début mais faire mouche à coup sûr.

Sondage

Vous croyez avoir terminé et fait le plus dur ? Détrompez-vous ! Le sondage est harassant dans des conditions facilitées (peu de neige, pas de poudreuse, ...) alors dans une situation réelle, je n'imagine pas...

Avec votre sonde (cf. photo ci-dessous), sondez juste à côté du DVA. Allez jusqu'au sol sur lequel votre sonde tapera avec un bruit sec. Si votre sonde touche la victime ou son sac à dos, elle rebondira comme sur un sol mou. Il paraît que la sensation dans la sonde est caractéristique.

Ne manipulez jamais votre sonde à mains nues : si vous transpirez, la sueur va geler sur la sonde et sera alors inutilisable.

Si votre premier sondage ne donne rien, pas de panique : les DVA ne sont pas précis au centimètre près. Recommencez en élargissant le champ de sondage en lui faisant prendre la forme d'un escargot.

Une fois la victime trouvée, pelletez pour la dégager. Les secours devraient avoir eu le temps d'arriver pour vous porter assistance.

Rechercher plusieurs victimes ensevelies

Là, ça se complique. J'ai essayé de faire l'exercice, mais c'est autrement plus compliqué. Le DVA bippe de partout et il devient difficile de capter quoi que ce soit et surtout de suivre les informations. Je n'ai donc que peu de conseils à vous donner :
  • Si vous avez plusieurs victimes à rechercher et que vous en trouver une première, coupez son DVA avant de passer à la suivante,
  • Il vaut mieux parfois être certain de sauver une victime plutôt que de perdre tout le monde. La première victime trouvée doit faire l'objet de toutes vos attentions, sauf si elle se porte clairement bien (ce qui ne sera pas le cas). La décision est dure mais il faut être réaliste.
Petits trucs en plus

Un DVA c'est au minimum 140 euros. Ce n'est pas donné, mais c'est le prix de votre vie ou de celle de vos camarades.

Un DVA seul ne sert à rien : il doit servir à détecter un autre DVA ou à être détecté.

Un DVA porté par quelqu'un qui ne sait pas s'en servir, ne sert à rien. Si votre copain n'a jamais appris à l'utiliser et que vous êtes pris par une avalanche, il ne saura pas vous retrouver.

Le lieu de disparition d'une victime dans une avalanche est le point le plus haut que vous deviez fouiller : la victime ne pourra pas être remontée.

De nouveaux modèles de DVA plus perfectionnés sont sortis sur le marché. Je n'ai pas eu l'occasion de les voir et encore moins de les tester, mais ils semblent être capables de vous indiquer directement la bonne direction à prendre. Ils coûtent plus chers, mais s'ils peuvent être utilisés avec un minimum de formation...

Comme toute pratique, l'entraînement est la condition de la réussite dans les cas réels. Allez faire enterrer un DVA par un copain dans un endroit bien poudreux et au relief un peu travaillé. Ne rêvez pas : le résultat d'une avalanche est loin d'être lisse et facilement praticable. Vous aurez de la neige jusqu'à la poitrine, vous perdrez pied, vous tomberez, ...

Le mieux, avec les avalanches, est encore de ne pas se faire prendre. Hé oui ! La Montagne s'apprend, se respecte et se prépare. Consultez les bulletins météo et soyez humbles : si vous n'avez pas le niveau ou que le risque est trop élevé, restez chez vous à regarder des DVDs de montagne. C'est beau aussi et ça fait moins mal.

Epilogue

L'utilisation d'un DVA est simplissime une fois que l'on a compris le principe. Mais ce dernier ne peut pas s'inventer. Si vous vous trouvez dans un cas réel et que vous n'avez jamais appris à vous en servir, dites vous qu'il y a toujours de l'espoir et que vous pouvez avoir énormément de chance mais, honnêtement, vous ne saurez pas faire. Si vous avez l'occasion de vous former, sautez sur l'occasion. Vous voulez une raison supplémentaire :

Que ce soit Florence ou moi-même, nos exercices ont eu les résultats suivants :
  • plus de 8 min de recherches pour le premier (pour ma part 8 min 45 sec), avec aide du pisteur-secouriste,
  • environ 4 min pour les autres (pour ma part 3 min 56 et 4 min 05), sans aide du pisteur-secouriste, soit moitié moins dès le deuxième essai !
Je ne le répéterai jamais assez : formez-vous ! Des initiatives comme celles-ci, gratuites qui plus est, sauvent des vies : la vôtre ou celle de votre ami.

Dans un prochain billet, je casserai quelques idées reçues sur les avalanches et essaierai de vous en apprendre plus sur ces phénomènes.

Merci à Florence d'avoir accepté que j'utilise les photos pour cet article, merci aux pisteurs-secouristes de Valloire pour leur patience et leurs explications, et merci à tous les pisteurs-secouristes en général qui prennent de gros risques chaque jour pour que la montagne reste un plaisir.

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