mardi 26 avril 2011

Quelle(s) différence(s) entre cordes à double et cordes jumelées ?

Je publiais récemment une traduction d'un premier article du blog de Steph Davis, premier d'une série de trois. Voici qu'elle vient de publier sa deuxième question à Dave Furman. En voici une traduction, dans laquelle j'insère mes propres commentaires et liens.

Quelle est la différence entre une corde à double et une corde jumelée ?

Les cordes à doubles sont plus généralement appelés "demi"-cordes par l'UIAA (notez qu'elles sont signalées par un logo composé d'un rond contenant la notation 1/2, alors que les cordes jumelées sont signalées par deux ronds imbriqués l'un dans l'autre, comme vous pouvez le voir sur cette page). Elles sont conçues de telle façon que le premier de cordée puisse clipper chaque brin alternativement dans les points de protection, de façon à offrir une meilleure protection sur les voies dans lesquelles le risque de coupure est important, de minimiser le tirage dans les terrains compliqués et de protéger un second dans les traversées. Chaque brin de corde à double peut être clippé alternativement ou en même temps dans un même point de protection (selon la technique de la corde jumelée). Les véritables cordes jumelées sont plus légères et moins encombrantes, mais leurs deux brins doivent systématiquement être clippés dans chaque point de protection.

Les futurs acquéreurs de corde doivent noter que les tests d'homologation des cordes à simple, double et jumelées sont tous différents et sont donc difficiles à comparer. Les cordes à simple sont testées sur un seul brin et avec un poids de 80 kg. Les cordes à double sont testées sur un seul brin (alors qu'elles en ont deux normalement) mais pour un poids de 55 kg, puisque le test suppose que le deuxième brin est censé amortir en partie la chute. Cela signifie que ce test ne peut être comparé aux autres. Les cordes jumelées sont testées avec deux brins et un poids de 80 kg. Ce test est donc similaire à celui des cordes à simple.

Si je poursuis ici la comparaison entre les différents types de cordes, il est intéressant de noter qu'une corde jumelée, lors de la phase d'ascension, doit être vue comme une corde à simple : les deux brins sont indissociables, c'est comme si il n'y en avait qu'un. Dans ce cas, une corde jumelée est plutôt peu rentable car le poids cumulé des deux brins est supérieur à celui d'un brin de corde à simple : elle est donc plus lourde. En revanche, elle permet de descendre en rappel, ce qui évite d'emporter une corde de rappel en plus de la corde à simple. Le poids total dans le sac est donc plus faible.

Par contre, une corde jumelée ne peut permettre d'assurer deux seconds à la fois, puisque les deux brins ne peuvent être dissociés ; ce que peut faire une corde à double. Elle ne permet pas non plus au premier de corder de clipper chaque brin alternativement sur les points de protection, ce qui ne lui permet pas, notamment, de réduire le tirage dans des terrains compliqués. Une corde à double est plus lourde qu'une corde à simple ou une corde jumelée, mais permet d'assurer deux seconds à la fois ou d'être en sécurité sur un seul brin si un malheur survenait au deuxième.

Le choix de votre corde dépend donc de que vous souhaitez faire :
  • Une corde à simple est utilisée pour faire de la moulinette sur des voies sportives, 
  • Une corde à double est utilisée pour les grandes voies, l'alpinisme, les cascades de glace, 
  • Une corde jumelée est utilisée pour l'alpinisme, les cascades de glace.

    lundi 18 avril 2011

    342 heures dans les Grandes Jorasses


    Un drame. Comme la montagne en a déjà connu beaucoup. Deux hommes au départ, un seul à l'arrivée.

    Serge Gousseault, un jeune guide, sollicite René Desmaison pour faire une course hivernale, et c'est donc à deux qu'ils s'engagent dans un défi à la hauteur de la réputation de Desmaison. 342 heures dans les Grandes Jorasses est le récit de ce qui aurait pu être une belle première, comme l'auteur en a déjà imaginé et réalisé beaucoup (114 au total dans sa carrière, pour 1000 ascensions) : la Face Nord de l'éperon Walker, en hivernale. Mais le froid et l'épuisement ont raison de Serge qui décède à quelques mètres à peine du sommet, faute de secours suffisamment réactifs.

    Ce livre ressemble clairement à une mise au point souhaitée par René Desmaison sur les circonstances de ce drame, dont certains ont attribué la totale responsabilité à sa soif d'argent, de pouvoir et de médiatisation, l'accusant même de mise en scène, voire de canular. Desmaison est en effet un alpiniste particulièrement médiatisé dont les courses, parfois publicitaires parfois en dehors des autorités "compétentes", ne sont du goût de tous. Je ne commenterais pas plus cette dernière partie du livre, dont les détails méritent que l'on s'y plonge.

    342 heures dans les Grandes Jorasses, dont la lecture est agréable et fluide, est le seul livre de montagne que j'ai pu lire jusqu'à aujourd'hui qui présente réellement les aspects d'une ascension. Les préparatifs, les allers-retours au refuge en attendant le beau temps, les détails des manoeuvres (j'avoue un peu longues sur la fin), le ressenti des grimpeurs face à la rude mais belle vie en montagne y sont détaillés comme jamais. Et contrairement à d'autres livres relatant des drames, l'auteur n'y apparaît pas comme un sur-homme ayant vaincu la mort (peut-être aussi parce que René Desmaison n'a lui même que peu souffert physiquement durant cette ascension, le choc étant principalement psychologique).

    Un bel ouvrage à ajouter à sa bibliothèque.

    lundi 11 avril 2011

    Choisir une corde ultra-fine ?

    Je publiais la semaine dernière une grossière traduction d'une discussion tournant autour des cordes, de l'utilisation de tel ou tel type et donc de la question cruciale : quel diamètre de corde pour quelle utilisation ?

    Le blog Climb & Ride a (re)publié cette semaine un article sur les cordes ultra-fines, en particulier sur la Joker de Béal, qui traite en partie de cette question et liste les avantages et inconvénients des différentes types de cordes, y compris celles considérées comme polyvalentes.

    Si vous vous intéressez donc à la question, je vous en conseille la lecture pour en apprendre plus.

    lundi 4 avril 2011

    Quelle diamètre de corde pour quelle utilisation ?

    Dans ce billet particulièrement intéressant (en anglais), premier d'une série de trois, Steph Davis interview Dave Furman, l'expert de Mammut pour la partie équipement. Pour les non-anglophones, la question est : est-ce que les cordes ont différentes épaisseurs de gaines, et pourquoi ?

    Pour rappel, toutes les cordes sont composées de deux parties principales :
    • la partie centrale, généralement blanche, que l'on appelle l'âme (core en anglais) et qui assure la résistance à la chute,
    • la partie extérieure, la gaine (sheath en anglais), qui assure la protection de l'âme contre l'abrasion, les coupures et autres intempéries.
    Voici une synthèse traduite de la réponse de l'expert :

    Le poids d'une corde est conditionnée, en partie, par son diamètre (allant de 7 mm pour une corde jumelée à 10 voire 11 mm pour une corde à simple). Plus une corde a un diamètre important, plus elle est lourde. En contrepartie, elle est plus résistante. Cependant, la volonté d'un grimpeur est, à moins qu'il ne soit masochiste, d'avoir la corde la plus légère possible. Son choix de corde doit donc dépendre de l'utilisation qu'il souhaite en faire.

    Les épaisseurs de la gaine et de l'âme sont variables en fonction de la corde et de l'utilisation pour laquelle elle est prévue par le fabriquant. A diamètre général égal, deux cordes peuvent donc ne pas avoir les mêmes caractéristiques et des épaisseurs différentes d'âme et de gaine. Plus l'âme a un diamètre important, plus la corde pourra supporter un nombre important de chutes (notez toutefois que pour passer la certification UIAA, une corde doit supporter un nombre minimal de chutes, imposant donc implicitement un diamètre minimal d'âme). Inversement, plus la gaine a une épaisseur importante, plus la corde sera résistante aux attaques extérieures (à l'abrasion sur le rocher, à la neige pour les cordes d'alpinisme, ...). Ceci veut donc dire que, à diamètre général égal :
    • Si vous prévoyez de chuter régulièrement, c'est-à-dire si vous prévoyez de faire des voies dures (à votre niveau max), il vaut mieux prendre une corde avec un diamètre d'âme plus important,
    • Si vous prévoyez de ne pas chuter régulièrement mais d'évoluer dans des conditions difficiles (grandes voies sur rocher coupant, alpinisme sur glace ou neige, ...), il vaut mieux prendre une corde avec une épaisseur de gaine plus importante.
    Votre choix de corde est donc avant tout conditionné par l'utilisation que vous comptez en faire. Ce n'est qu'une fois que vous avez défini votre besoin que vous pouvez comparer les différents modèles de corde, en prêtant une attention particulière aux recommandations du fabriquant qui ne l'a peut être pas conçue pour votre besoin. En plus du type de corde (à simple, à double, jumelée), de son diamètre, de son poids, des épaisseurs d'âme et de gaine, il faut également tenir compte d'un possible traitement chimique de la gaine contre l'humidité ou le froid qui vient alourdir la gaine sans nécessairement augmenter son épaisseur.

    Pour rappel (et en généralisant à peine) :
    • Une corde à simple est utilisée pour faire de la moulinette sur des voies sportives,
    • Une corde à double est utilisée pour les grandes voies, l'alpinisme, les cascades de glace,
    • Une corde jumelée est utilisée pour l'alpinisme, les cascades de glace.

    samedi 2 avril 2011

    L'égoïsme au coeur des expéditions commerciales ?

    En janvier dernier, je publiais le billet La Très Haute Altitude : miroir de l'âme humaine, dans lequel j'expliquais la vision que j'ai de la très haute altitude et des observations que l'on pouvait en tirer sur les personnalités des alpinistes et sur la société humaine en général.

    Dans le dernier numéro de la Montagne et Alpinisme, se trouve un entretien fort intéressant avec Robert Paragot, alpiniste des années 50/60 issu d'un milieu prolo, et Nadir Dendoune,  ayant vaincu l'Everest en 2008 pour prouver au monde qu'un "tocard issu des banlieues dites sensibles valait autant que tous". Ce dernier relate d'ailleurs son aventure dans Un tocard sur le toit du monde, aux éditions JC Lattès.

    Il y explique que ceux qui se payent l'ascension de l'Everest, au travers d'expéditions commerciales, le font généralement dans un objectif de victoire à n'importe quel prix et que l'égoïsme prime sur tout le reste : on cache la nourriture pour ne pas avoir à partager, on garde pour soi le téléphone satellite dont on dispose pourtant gratuitement par ses sponsors, voire on laisse un homme ramper à terre sans aide. Un beau miroir de notre "société individualiste, mercantile et violente" ou les "cadres de multinationales" ne sont là que pour flatter leur ego et ramener un trophée.

    Heureusement, Robert Paragot souligne la beauté du monde de la montagne partagé avec les copains...