lundi 18 avril 2011

342 heures dans les Grandes Jorasses


Un drame. Comme la montagne en a déjà connu beaucoup. Deux hommes au départ, un seul à l'arrivée.

Serge Gousseault, un jeune guide, sollicite René Desmaison pour faire une course hivernale, et c'est donc à deux qu'ils s'engagent dans un défi à la hauteur de la réputation de Desmaison. 342 heures dans les Grandes Jorasses est le récit de ce qui aurait pu être une belle première, comme l'auteur en a déjà imaginé et réalisé beaucoup (114 au total dans sa carrière, pour 1000 ascensions) : la Face Nord de l'éperon Walker, en hivernale. Mais le froid et l'épuisement ont raison de Serge qui décède à quelques mètres à peine du sommet, faute de secours suffisamment réactifs.

Ce livre ressemble clairement à une mise au point souhaitée par René Desmaison sur les circonstances de ce drame, dont certains ont attribué la totale responsabilité à sa soif d'argent, de pouvoir et de médiatisation, l'accusant même de mise en scène, voire de canular. Desmaison est en effet un alpiniste particulièrement médiatisé dont les courses, parfois publicitaires parfois en dehors des autorités "compétentes", ne sont du goût de tous. Je ne commenterais pas plus cette dernière partie du livre, dont les détails méritent que l'on s'y plonge.

342 heures dans les Grandes Jorasses, dont la lecture est agréable et fluide, est le seul livre de montagne que j'ai pu lire jusqu'à aujourd'hui qui présente réellement les aspects d'une ascension. Les préparatifs, les allers-retours au refuge en attendant le beau temps, les détails des manoeuvres (j'avoue un peu longues sur la fin), le ressenti des grimpeurs face à la rude mais belle vie en montagne y sont détaillés comme jamais. Et contrairement à d'autres livres relatant des drames, l'auteur n'y apparaît pas comme un sur-homme ayant vaincu la mort (peut-être aussi parce que René Desmaison n'a lui même que peu souffert physiquement durant cette ascension, le choc étant principalement psychologique).

Un bel ouvrage à ajouter à sa bibliothèque.

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