mercredi 22 juin 2011

Sweat dream

Sweat dream: "

2.3
© Kiwix

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jeudi 9 juin 2011

L'engagement

Généralement, quand un grimpeur redescend de sa voie et dit "wouf... ça engage dit donc", ce n'est jamais très bon signe. Le rocher peut être un peu pourri, les points de protection espacés voire visiblement obsolètes ou la réception en cas de chute un peu aléatoire (que ce soit la présence d'une vire, synonyme de fracture des chevilles, ou d'un rocher abrasif, jamais bon pour la peau ou la corde). Et encore, je ne parle volontairement pas de terrain d'aventure ; en particulier du terrain d'aventure moderne qui explore des voies encore vierges et donc appartenant nécessairement à des parois plutôt mauvaises ayant repoussé les plus aventureux jusqu'à aujourd'hui. Dans ce dernier cas, nous sommes dans l'extrême. Non, je parle de ce qui est accessible à tous...

L'escalade (et toutes ses variantes) est un sport qui présente des risques, la plupart objectifs et analysables, mais des risques dont les conséquences peuvent être superficielles ou définitives. En le pratiquant, chaque grimpeur sait à quoi il s'expose et, quoi qu'en disent les grandes gueules face à une voie facile, tout peut arriver n'importe quand. Je connais quelqu'un qui s'est fracturé une cheville dans du 4 et, récemment, j'ai rencontré une personne, dont les enfants d'amis sont décédés dans un haut lieu de la grimpe ardennaise, qui ne me contredira pas. Même en salle, le risque est présent et bien réel, quoiqu'exceptionnel.

Ainsi, l'engagement, c'est-à-dire le risque pris lors de l'ascension d'une voie, est l'affaire de chacun et personne ne peut demander à un autre d'en prendre (hormis peut-être en plein milieu d'une voie ou d'une course en montagne déjà engagée où le demi-tour n'est jamais évident). Cette prise de risques doit être acceptée de plein gré par la personne concernée, au risque de la pousser au-delà de ses limites physique ou psychologique et d'aller à l'accident.

Car l'escalade est avant tout une bataille contre soi-même. Bien qu'elle soit majoritairement physique, elle devient rapidement psychologique sitôt que l'on évolue dans un milieu naturel (où les risques liés à l'environnement sont nettement moins objectifs) ou dans un milieu peu ou pas connu. Cette bataille psychologique aura nécessairement des impacts sur les performances physiques : un bon jour, l'ascendant sera en faveur du grimpeur et l'emmènera vers les hauteurs (métaphoriquement parlant ou non) ; un mauvais jour, elle l'empêchera de se lancer sereinement, même dans des passages a priori faciles.

Tout comme les muscles ou la gestuelle, l'esprit doit donc également se travailler et le dompter demande du travail, du temps et de l'énergie, sans garantie de résultat le jour J. Un petit coup de mou pendant quelques jours (ou une mauvaise passe pendant plus longtemps) peut altérer le travail passé. Et le manque de travail se révélera à coup sûr au pire moment... Comme pour les autres composantes des requis de l'escalade, nous ne sommes pas tous égaux devant le travail de l'esprit. Certains s'affranchissent naturellement de leurs peurs, d'autres affirment ne pas en avoir (je les soupçonne de ne pas être honnêtes ou d'aller au devant de gros problèmes) et puis d'autres ne s'en débarrasseront jamais ou doivent batailler ferme pour espérer ne pas en être handicapés.

J'ai toujours fait partie de cette dernière catégorie. Je réfléchis beaucoup à ce dans quoi je m'engage, aux différentes possibilités et aux issues diverses, y compris pour les projets d'apparences simples. C'est évidemment un point fort dans mon métier mais, déformation professionnelle probablement, je ne m'en débarrasse pas dans la vie de tous les jours, qui plus est dans l'escalade. Il m'est ainsi indispensable de continuellement travailler ce point faible si je souhaite pouvoir ne serait-ce qu'évoluer en tête en falaise.

Et puis, ces derniers mois avec ma dulcinée m'ont amené à réfléchir. Les risques (somme toute relatifs, n'imaginez pas non plus que je suis parti faire des big walls en solo) que j'acceptais de prendre par le passé pour moi-même ne me concernent plus uniquement. Ils la concernent également. Et ça, ça change des choses... Et cela en changera encore plus le jour où nous fondrons une famille.

Ces dernières réflexions associées à une phase professionnelle un peu délicate dernièrement et à un manque de travail (probablement dû aux mêmes raisons) ont plutôt eu des effets négatifs ces dernières semaines. Evidemment, dans les Calanques aussi et heureusement que Christophe était là pour aller placer les cordes.

Est-ce que j'ai toujours envie d'engager, comme avant ? Pas aujourd'hui, non. Est-ce j'aurais de nouveau envie d'engager un peu plus par la suite ? Peut-être. L'escalade me tient au corps depuis longtemps et la montage, passion plus récente, hante mon esprit et chaque projet terminé laisse la place à un autre. Le passage à vide ne sera donc peut-être que temporaire. Peut-être qu'il ne le sera pas. Peut-être que je continuerai à ne grimper qu'en salle. Peut-être que je ne pourrais m'empêcher de retourner en falaise.

Est-ce que cela mérite des commentaires ? Non, cette décision est la mienne. Tout comme chacun est libre de pratiquer son sport de la façon dont il le souhaite et de la concilier au mieux avec son mode de vie...