mardi 5 juillet 2011

Mon premier 4000

Si on m'avait dit il y a 5 ans que je ferais de la montagne, je ne l'aurais pas cru. Si on m'avait dit il y a 1 an que je passerai les 4000 dans l'année, j'en aurai fortement douté. Si on m'avait dit il y a une semaine que ce serait si facile, j'en serais tombé des nues.

Et pourtant, je l'ai fait ; nous l'avons fait. Nous avons atteint le Dôme des Écrins, 4015 mètres, le mardi 28 juin à 8h15, après plus de 4 heures d'une ascension de 900 mètres. Notre premier 4000 à tous les trois.


C'est Alain (au centre) qui avait fait la proposition des courses pour ce weekend : montée au refuge du Glacier Blanc (2550m) puis, le lendemain, Pic de Neige-Cordier (3614m, ce qui aurait déjà été un record pour moi), redescente sur le refuge des Écrins (3170m) et, dernier jour, Dôme des Écrins à 4015m. Une montée progressive, en douceur, qui avait pour objectif une bonne acclimatation à l'altitude afin de nous donner toutes les chances d'arriver à l'objectif majeur du séjour.

Malheureusement, le Pic de Neige-Cordier n'a pas voulu de nous : le couloir menant au col Emile Pic, le passage technique de la course, n'était pas en condition. Alors qu'il devait être en neige voire en glace (au pire), tout le couloir était un mélange de roche et de glace, le tout partant au moindre toucher. Ces conditions peu accueillantes combinées avec un peu de retard sur l'horaire et une petite fatigue pour certains, nous avons préféré ne pas tenter le diable et faire demi-tour. Si nous avions été un peu plus expérimentés et frais, je pense que nous serions passés. Enfin bref, sans aucun regret, à 11 heures, nous étions redescendus au refuge des Écrins pour nous reposer toute l'après-midi et profiter de la vue magnifique sur le Dôme et le Glacier Blanc.


Le lendemain matin, 3h30, c'est parti pour le Dôme ! Comme la veille, l'eau déminéralisée du refuge ne me rate pas et je me demande à ce moment si je serais en état physique pour aller jusqu'en haut. Finalement, tout ira pour le mieux...

La première étape qui consiste à remonter tout le reste du Glacier Blanc (environ 2 kilomètres de la base du refuge à la base du Dôme) est simple mais interminable. Une heure de marche monotone... Notez que cela permet de réveiller doucement le corps et de se préparer mentalement à longue montée qui arrive...

Et c'est parti. La première pente ne nous épargne pas avec ses 45°... Les suivantes seront du même acabit. Néanmoins, la trace est excellente, le regel nocturne suffisant et il suffit donc de suivre les marches creusées par les prédécesseurs. Très rapidement le rythme est pris : volontairement lent mais régulier et sans arrêt ; il suffit de ne faire qu'une chose : se concentrer sur le pas suivant. Pour ma part, tout est passé comme une lettre à la Poste. L'altitude m'aura gentiment épargné en cette longue journée, y compris dans les dernières étapes. Mais les pentes sont raides et il faut faire attention non seulement à la sécurité mais également à l'effort physique pour ne pas dépasser le seuil maximum acceptable.

6h15. Les premières pentes sont passées. Ma chère et tendre doit se réveiller pour commencer à se préparer. Le Soleil est levé et la vue est superbe. Le fond de l'air est suffisamment frais pour nous rafraîchir, pas assez pour que nous ayons froid. Mes pieds, en revanche, souffrent un peu du contact avec la neige. Ils se réchaufferont un peu plus tard...

Les 3 heures de montée, qui nous ont permis d'avaler les 800 mètres de dénivelé, sont passées comme une flèche. Grâce aux pentes raides, nous nous élevons finalement très rapidement et l'altimètre permet de suivre l'évolution qui semble bien plus rapide que la marche d'approche... Mine de rien, voir les chiffres qui défilent motive particulièrement et aide à se sentir bien... Le lever de Soleil et la vue, absolument magnifique, sur les brumes recouvrant les vallées ne sont pas non plus étrangers au véritable bonheur d'être là.


7h15. Nous avons passé une grosse crevasse et nous sommes au pied d'un gros raidillon, le dernier avant la rimaye. Le temps d'un repos et nous attaquerons ce gros virage en pente qui nous amènera sur la dernière partie, presque plane, avant la pente finale. Ma chère et tendre doit partir au travail. Si seulement...

Le Dôme se rapproche, grossit. Pendant toute la montée, on voit cette petite bosse de neige, parfois cachée par un sérac menaçant. Elle est notre objectif, notre point de mire. En fonction du rythme et des compagnons qui souffrent pendant la montée, il semble tantôt loin, tantôt proche, tantôt gagné, tantôt perdu. Ironie de la course, que l'on ne découvre que dans les derniers cent mètres, cette petite bosse n'est qu'une antécime, le véritable Dôme étant un peu loin et haut...

8h15. Le Sommet ! Je me souviendrais longtemps du dernier pas, volontairement lent, qui me permit de gagner le sommet. La vue de là-haut est superbe. Nous voyons à 360° sur tous les grands massifs : les Écrins, la Meije, la Vanoise, le massif du Mont-Blanc au loin, seul telle une île perdue dans sa brume. Une montagne, encore plus loin, ressemble au Cervin...

Je suis bien, physiquement. L'altitude m'a laissé tranquille, le souffle est bon, les jambes tiennent, le ventre aussi. Je suis bien, psychologiquement. Je suis content d'être là et d'avoir réussi ce pari. Je ne sais pas si l'on peut dire que nous avons réussi une grande chose : bien d'autres l'ont fait avant nous ; nous l'avons fait dans des conditions parfaites (beau temps, belle neige, belle trace, ...) ; et pour ma part je n'ai que peu souffert pour y arriver. Je ne pense donc pas avoir réussi une grande chose, même si nous sommes peu à avoir pu le faire. En tout cas, j'ai l'impression d'avoir réussi une belle chose. Une chose hors du commun, au sens littéral.

Je me sens bien. Je pense à ceux qui sont loin, mais qui m'on aidé à monter si haut. En cet instant magique, ils me manquent terriblement. J'aimerais pouvoir partager avec eux ce moment. J'admire le paysage. Il est plus beau encore que celui auquel je pensais pendant les entraînements. J'emmagasine le maximum d'images, dans l'appareil photo, dans ma tête. Le temps nous est compté sur ce bout de sommet battu par un vent froid. Nous avons le temps de faire quelques photos, une vidéo. Je regarde une dernière fois la vue que l'on a de là-haut. Celle qui me restera est celle du Soleil qui éclaire les brumes des vallées, ce mélange d'orange et de toutes les nuances de bleu, du plus profond au plus clair.


Voilà, à peine 10 minutes au sommet. Le froid gagne. Le temps défile. Le Soleil fait sont oeuvre : la neige qui nous aura aidé à monter si haut peut rapidement devenir un piège. Il ne faut pas traîner là-haut. Nous commençons la redescente des 2150 mètres qui nous mèneront dans la vallée... 9 heures plus tard.


Je m'étais fixé pour objectif de gravir le Mont-Blanc avant 2012. J'avais commencé à y renoncer, d'abord parce que la course est sur-fréquentée, ensuite parce qu'il y a plus joli à faire et enfin parce que je commençais à douter de ma capacité à supporter l'altitude. L'année dernière, j'avais en effet eu quelques difficultés à atteindre la pointe du Dard, culminant à 3206 mètres (l'altitude du Refuge des Écrins)... Je viens de me prouver le contraire, cela relance donc le pari...

Mon premier 4000...

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