jeudi 11 août 2011

Le physique compte un petit peu quand même...

Quand certains mettent près de 4 heures à faire 900 mètres de dénivelé (de 3100 à 4015 mètres) et mettent près de 9 heures à tout redescendre, d'autres font le Mont-Blanc à la journée, en se permettant même de rater le Train du Mont-Blanc et de finir à pied.

Bien sûr, l'entraînement et la pratique ne sont pas probablement certainement pas les mêmes. Le physique non plus d'ailleurs. Mais je suis toujours étonné de la capacité de certains à soutenir un rythme rapide pendant de longues heures, avec la même charge que les autres. Inutile d'expliquer l'avantage que cela apporte en montagne...

Et ils sont bougrement nombreux ceux qui ont cette capacité.

Il est évidemment facile d'en croiser en montagne. Il suffit de parler avec un guide pour prendre la mesure des possibilités du corps humain. Le dernier que j'ai croisé nous a raconté que l'un de ses collègues avait apporté une pizza à un refuge en la portant tel un serveur tout le temps de la montée (imaginez les crampes au bras). La pizza était encore chaude à l'arrivée... alors que les gens "normaux" mettaient plus de deux heures à atteindre le refuge. Lui-même avait dû redescendre la veille dans la vallée pour consulter un médecin, après la course du jour. Le soir même, il était de nouveau au près de ses clientes, au refuge, pour repartir le lendemain.

Lors de notre montée au Refuge du Glacier Blanc, nous avions croisé un alpiniste qui redescendait de la Barre des Ecrins. Il était à peine midi qu'il était déjà presque au Pré de Madame Carle. Deux jours plus tard, à midi également, nous passions à peine le Refuge des Ecrins et nous n'avions fait que le Dôme...

Même en excluant les "champions" qui en ont fait une discipline et sont sponsorisés, les exemples de ce type sont légions. Et certaines personnes que je côtoient, "en plaine", s'en rapprochent sans pour autant avoir un entraînement extraordinairement intense... Je ne me suis jamais considéré comme particulièrement physique (et pour cause...) mais, de temps en temps, je me sens floué...

D'où la question : choisissons-nous une activité, voire une passion, parce que nous sommes naturellement taillés pour ? Est-ce notre corps qui nous pousse inconsciemment à pratiquer un sport en particulier ? Avec de l'entraînement, sommes-nous tous capables des mêmes choses ?

Je n'en sais rien. Je suppose que notre corps a ses spécificités qui nous rend meilleurs dans une discipline ou dans une autre et que même un entraînement intensif ne pourra pas toujours compenser une faiblesse naturelle. Cela ne doit cependant freiner personne à faire ce qu'il aime... Notre esprit est bien plus fort qu'on ne le croit et peut amener le corps à faire biens des choses. S'il y a une chose que j'ai appris en montagne, c'est bien celle-là : les limites, physiques et mentales, que l'on s'imagine sont souvent bien loin de la réalité...

Je profite de ce billet pour vous recommander la lecture du blog de mon confrère Apoutsiak. Vous y découvrirez bien plus de courses d'alpinisme que sur ce blog et elles sont toujours accompagnées d'une vidéo. Un vrai passionné !

4 commentaires:

  1. Bonjour Thomas

    je découvre ton blog grâce à ce lien vers le mien ! Belles réflexions sur l'adaptation au milieu !

    Bon je vais essayer de donner quelques pistes en vrac :

    pour le mont Blanc à la journée, je suis parti sans savoir si ça allait le faire ! L'avantage, je suis parti sac léger (avec tout le matos de sécurité tout de même ) donc 8 ou 9 kg.
    Pour la vitesse d’ascension, c'est impressionnant : de 550 m/ h avant Tête Rousse puis 450 sous le gouter on passe à 300 sous le dôme et à 250 m / h au dessus de Vallot ! Effet de l'altitude ? cumul de fatigue ? je ne sais pas ! L'avantage, c'est qu'avec l’expérience, je sais qu'au dessus du refuge du Gouter en général on avance plus et donc je m'y attendais et j'ai pris un petit rythme pour poursuivre s'en m'arrêter.

    Effectivement je pense qu'on a des prédispositions, mais je ne suis pas un surhomme. La première fois que j'ai fait le mont Blanc on avait du mettre 6 bonnes heures pour atteindre le gouter ( là 3 !)
    Il m'arrive régulièrement d'avoir des coups de bambous en altitude.

    Pour l'entrainement, je ne suis pas hyper entrainé même si je fais un peu de sport tout le temps (VTT principalement) ski de rando et alpi (et du badminton ;-) )

    Pour la descente, assez vite, j'ai vu que je n'aurais pas le dernier train, et là, comme souvent, ça se joue dans la tête, ma technique : me fixer un objectif abordable, à moins d'une heure, ça parrait moins long que de se dire du sommet du Mont Blanc : il te reste plus 3000 m de dénivelé négatif !... -> il me parait judicieux de se dire : 1°) Vallot ! et hop en une demi heure, l'étape est bouclée !

    Merci pour les compliments et bravo pour le blog

    Apoutsiak
    (Guillaume)

    RépondreSupprimer
  2. Bonjour Guillaume !

    Merci pour ton commentaire. ça fait toujours plaisir d'en recevoir, en particulier lorsqu'ils sont aussi instructifs.

    Jusqu'à présent, je ne m'étais que très peu soucié de la vitesse d'ascension. Avec cette discussion, je viens de prendre conscience de plein de choses (je ne sais pas si cela pourra m'apporter quelque chose par la suite, mais bon):

    - dans les Ecrins, nous n'avions pas dépassé le 300 m/h. Nous n'étions pas au maximum, mais je doute que nous ayons pu être beaucoup plus rapides.
    - nous n'avons peut-être pas dépassé les 300 m/h mais nous les avons globalement tenu les 3 jours, y compris à l'arrivée des 4000 mètres. L'acclimatation à l'altitude a du nous redonner quelques forces... Cela confirme que nous n'étions pas au maximum (arf).
    - je ne sais pas encore suffisamment bien utiliser ma montre d'alpinisme pour exploiter convenablement cette donnée :-)
    - il faut vraiment que je me mette au vélo pour m'entraîner "hors-saison".

    Cela étant dit, je pense qu'il va me falloir encore quelques heures d'entraînement pour arriver à enchaîner des courses dans ton style... (il va surtout falloir que je maintienne un entraînement régulier).

    Au fait, si je lis suffisamment bien ton blog, tu pars en montagne presque toutes les semaines ?


    Je suis tout à fait d'accord avec toi : il faut découper le parcours en petites étapes. Personnellement, je le fais au préalable plutôt dans un souci d'organisation et de sécurité. La priorité reste la sortie du glacier le plus tôt possible et, suivant la course (comme pour le Dôme des Ecrins), se mettre hors de portée de possibles avalanches ou chutes de séracs. Le timing pour le reste n'est que secondaire : arrivée au sommet ou passage par un refuge pour un petit repos avant la redescente finale au parking. Du coup, une fois sorti du glacier, je me dit que le reste est facile et peut déborder un peu, ce n'est pas grave ; ça soulage un peu le corps et, finalement, ne ralentis pas le rythme tant que ça.

    Je ferais attention les prochaines fois, lors des redescentes, à bien me fixer des étapes courtes comme tu le conseilles. Je pense qu'elles sont encore un peu trop longues (de l'ordre des 2 heures). Note, que ça oblige aussi à bien se souvenir du chemin de la montée ou à faire un bon repérage sur la carte...


    En tout cas, encore félicitations pour ta performance au Mont-Blanc ! Même si tu ne savais pas si ça allait le faire, c'est passé ! C'est le principal.

    Et puis bonne continuation pour ton blog ! On sent le vrai passionné et ils sont rares à faire partager, de façon désintéressée. On en voudrait plus !

    Thomas

    RépondreSupprimer
  3. Hello l'ami.

    Super sujet et très bons commentaires !

    Je pense qu'une bonne part du sujet se situe sur l'expérience pour plusieurs raisons :
    - tu connais mieux tes possibilités physiques et reconnaît mieux les coups de fatigue
    - tu gères mieux le timing
    - tu es davantage conscient des risques pour les avoir déjà vécus et réagis mieux face à la pression d'une course exigeante
    - tu maîtrises mieux ton paquetage global et tu sais l'optimiser (te connaissant, je te met au défis de te faire un sac de - de 10kgs :-)).
    - l'expérience commune de la cordée fonde aussi une cohésion de groupe très importante

    Après je pense que l'expérience s'acquiert avec plus ou moins de rapidité, selon bien sûr la fréquence de tes courses mais aussi selon ta capacité à accepter l'engagement, tes compagnons de cordées, etc...

    Au fond, je pense que le physique a une place beaucoup plus modérée qu'on peut l'imaginer, même s'il est toujours primordial, il faut pas déconner quand même.
    Mais j'ai vu des alpinistes lourds ou légers, chargés ou sous-équipés, sur-dopés ou sous-alimentés. Chacun a sa façon d'appréhender la montagne.

    Ex : je ne suis pas sportif, pas de grande expérience, mais peu chargé j'ai grimpé à 450m/h cet été sur 3 heures... Mais j'étais bien nourri, bien reposé, bien motivé, pas inquiet, la météo était au top...


    PS : c'est pas plutôt le tramway du mont blanc ?

    RépondreSupprimer
  4. Pour le tramway, bonne question, mais le sieur Apoutsiak parle de train. Dans le doute, je reprend le même terme.

    Pour te répondre, je pense effectivement qu'une bonne partie du travail se situe dans l'expérience.

    Cette dernière course en montagne et mon dernier 10km en compétition m'ont clairement démontré que connaître son corps et adapter son rythme à l'effort souhaité permet de tenir plus longtemps et, au final, être gagnant sur la durée (même si le rythme est initialement plus lent). Un "petit" 58'30" au 10km pour moi samedi mais par une grosse chaleur (26°+) et pas un seul arrêt. De mon point de vue une bonne gestion du rythme acquise par l'entraînement, même si le temps final est décevant.

    Idem pour la course aux Ecrins : un rythme lent mais très régulier juste au-dessus du rythme minimal, pour ne pas être hors-délai. Au final, timing impeccable.

    Reste maintenant à obtenir la capacité de monter en vitesse et terminer plus rapidement pour conserver une plus grosse marge de sécurité... Parce qu'au fond, qu'importe le temps passé ! Le principal est de revenir et de respecter les horaires. Le reste, ce n'est que du confort.


    Et pour le sac de -10kg, c'est physiquement impossible ! 3 ans que j'essaie de passer sous la barre des 14kg sans succès. Si je conserve mon sac actuel (3kg+), c'est peine perdue. Mais c'est pas grave, cela me fait des épaules de rêve...

    RépondreSupprimer