lundi 19 septembre 2011

Refuge Vallot : un peu d’histoire…

Un peu d’histoire…:
C’est en 1886 lors d’une ascension que Joseph VALLOT (1854-1925), à la fois météorologiste, glaciologue, physicien, photographe, cartographe, et alpiniste expérimenté, conçoit le projet de construire le plus haut observatoire du monde, sur la cime du Mont Blanc. C’est en effet l’époque où on s’aperçoit que seules des observations sur des longues durées peuvent faire progresser la météorologie ou la glaciologie, encore à leurs balbutiements.


Observatoire du Mont Blanc en 1890, d’après une photographie de M.J. Vallot

Pour convaincre le milieu montagnard qu’il est possible de séjourner plusieurs jours à haute altitude, Vallot passe 3 jours et 3 nuits au sommet du Mont Blanc, sous la tente, en compagnie de quelques guides et amis, afin d’y installer une petite station météo destinée à fonctionner durant tout l’été 87. Après le succès de cette entreprise, Vallot pense installer son observatoire-refuge sur « les rochers foudroyés », au pied de l’arête des Bosses (4350m). Pour ne pas faire de l’ombre à l’auberge des Grands Mulets, un compromis est trouvé avec le maire de Chamonix Paul Payot : la nuitée touristique sera payante et reversée à la commune. Face aux craintes des guides, Vallot explique que son refuge permettra une ascension du Mt Blanc plus sûre et moins fatigante, et donc plus fréquentée.


La cabane fut conçue par le frère de Joseph, Henri Vallot, ingénieur de l’école centrale. Fabriquée par les entrepreneurs de la vallée à partir de l’été 1890, elle ne dispose au début que de deux pièces : l’une servant de refuge et l’autre d’observatoire. L’année suivante, elle s’agrandit de 4 pièces, puis atteint 8 pièces lorsque face à la gêne que représente la présence des touristes, Vallot décida la construction d’un refuge indépendant dédié aux alpinistes. Tous ces travaux furent financés par la fortune personnelle du scientifique. Le chalet comptait alors une cuisine, un atelier, un laboratoire pour les enregistreurs, et le célèbre salon chinois, chambre du directeur, aujourd’hui reconstitué au Musée Alpin de Chamonix. Janssen y séjourna une semaine en 1890 et l’expédition de Eiffel en 1891 ; le docteur Jacottet meurt à l’observatoire Vallot d’une défaillance respiratoire aiguë en 1891.


En 1898, Vallot fut contraint de déplacer son observatoire de quelques dizaines de mètres, l’emplacement initial étant trop exposé aux congères. Meublé à l’orientale (un salon chinois meublé d’un canapé incrusté de nacre, de tapis brodés, de meubles laqués et de bibelots précieux), isolé et doté de quatre paratonnerres, il était capable d’accueillir jusqu’à 27 personnes. Dès lors, la cabane obtint son aspect définitif, et n’a subi que très peu de modification en cent ans.


Voici quel était le réglement de l‘Observatoire :

« Les savants de toute nationalité sont admis à séjourner et à travailler à l’Observatoire.

Ils doivent demander l`autorisation au directeur en indiquant sommairement l’objet de leur travaux

Ils devront emmener avec eux, à leurs frais, un des guides-conservateurs, qui se chargera de faire la cuisine et le service.

Ils feront porter à l’Observatoire les aliments nécessaires pour la nourriture de leur caravane, ainsi que leur provision de pétrole pour le chauffage, l’éclairage et la cuisine.

Ils sont priés de ne pas toucher aux instruments météorologiques en station, afin de ne pas en changer la marche.

Ils veilleront pendant leur séjour à ce qu’aucune dégradation ne soit commise par leurs hommes, qui devront rester dans les pièces qui leur sont spécialement affectées.

Ils ne devront introduire dans l‘observatoire aucun nouvel appareil de chauffage, le chauffage au bois, au charbon, au coke et à l’essence minérale étant interdits.

Ils ne laisseront sortir aucun meuble ni couverture.

Ils ne se serviront pas des outils de menuiserie, serrurerie, tour, etc.., l‘usage de ces outils étant réservé aux guides-conservateurs.

Ils veilleront, à leur départ, à la parfaite fermeture des fenêtres, volets et portes.

Ils devront remplacer les objets détériorés par eux ou par leurs hommes.

Le séjour a l’observatoire est gratuit.

Les observateurs ont aussi l‘usage gratuit des poêles, fourneaux, lits, couvertures, batterie de cuisine, vaisselle, costumes en peau de mouton, chaussons fourrés et sabots.

Leurs travaux pourront être insérés gratuitement dans les Annales de l’Observatoire


Joseph Vallot réalisa 34 fois l’ascension du mont Blanc, jusqu’à l’observatoire entre 1880 et 1920. En 1920, il passa encore dix jours dans l’observatoire et il écrit alors « La montée a été épuisante et la descente un calvaire. Toute a une fin en ce monde, le courage ne peut remplacer les forces perdues. (…) L’ère de mes ascensions scientifiques est close, définitivement. Je dis adieu au Mont-Blanc auquel j’ai consacré mon existence. L’observatoire est toujours là, et les expéditions continueront avec des plus jeunes, c’est ma consolation. »

Le récit des Observations de Joseph Vallot en météorologie et en physique sont consignées dans les Annales de l’observatoire météorologique du mont Blanc, en deux volumes, et conservées à la BNF.



A la mort de Vallot en 1925, l’Observatoire fut momentanément légué à un ingénieur hindou, Assan DINA. La famille VALLOT obtint l’annulation de l’acte de donation en 1931, date à laquelle l’observatoire fut confié à celui de Paris. En 1973, la gestion en fut transférée au laboratoire CNRS de glaciologie de Grenoble, situation toujours en vigueur aujourd’hui. En 1975, le CNRS confie l’observatoire Vallot au laboratoire de géophysique et de glaciologie de l’environnement. Depuis 1999, le LGGE réalise des expériences sur les gaz et les aérosols en particulier. L’observatoire fait partie du projet CARBOSOL chargé d’étudier la pollution particulaire en composés carbonés en Europe, mais sert aussi pour les campagnes de recherches de l’ARPE (Association pour la Recherche en physiologie de l’Environnement), et de lieu d’expériences médicales (études sur le « Mal Aigu des Montagnes » et la vie en hypoxie) ou d’observations astronomiques.


Situé quelques mètres plus haut, le refuge offert par Vallot aux alpinistes a résisté aux outrages du temps jusqu’en 1938 où il a été remplacé par une cabane en duraluminium, sous l’égide du Club Alpin Français. Le refuge a été entièrement rénové durant l’été 2006, pour un coût total de 400 000 euros.

Sources :


  • Conférence donnée au Majestic le 16 Août 1993 dans. le cadre des « Lundis scientifiques » du Festival des Sciences de la Terre et de ses Hommes de Chamonix par Jean-Marie MALHERBE

  • Wikipédia (http://fr.wikipedia.org/wiki/Refuge_Vallot)


1 commentaire:

  1. Sympa l'idée de partager ce genre d'infos à travers un article complet.

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