dimanche 1 juillet 2012

Les préjugés sur les ascensions de haute altitude

Kairn.com a publié il a quelques temps la traduction d'un article démontant cinq préjugés des média sur les ascensions de l'Everest. On peut d'ailleurs compléter en disant les préjugés de tous ceux méconnaissant le milieu de la montagne, en particulier de la très haute montagne. Moi le premier pour être honnête.

Le sujet est particulièrement intéressant car il touche l'affectif de spectateurs étrangers à certains évènements tragiques, la motivation des alpinistes dans leur quête de sommets et explique une partie de leurs choix et actes qui peuvent paraître barbares et dénués d'humanité à première vue. Je ne le cacherai pas : j'ai été le premier choqué par certaines histoires ; jusqu'à ce que je me documente d'avantage sur le sujet et comprenne réellement ce qui se passe dans les têtes et les corps des grimpeurs de très haute altitude. Je me suis ainsi convaincu de ce qui dit l'auteur de l'article : "Quiconque dit que l'Everest est facile n'a aucune idée de ce dont il parle".

Cependant, le sommet auquel se borne l'article est Sagarmatha (l'Everest en népalais), qui est une course prisée du fait du symbole qu'il véhicule : ceux qui en foulent le sommet sont sur le toit du monde. L'instant est magique ! Unique. Cette attirance des grimpeurs, et donc des compagnies commerciales, modifient quelque peu les règles du jeu : il y a effectivement du monde présent et celui-ci est en partie payé pour vous porter assistance en cas de problème.

En revanche, l'article ne parle pas des autres sommets ; qu'ils soient de plus de 8000 ou non, parfois plus durs parfois plus faciles, peu importe. Toujours en raison de l'environnement, les comportements peuvent y être similaires mais les conséquences beaucoup plus fâcheuses car alors, il n'y a pas d'agence commerciale ou de personnel pour venir vous chercher...


Ce que ne dit pas l'article non plus, c'est qu'en moyenne 1 alpiniste sur 10 tentant l'ascension de l'Everest ne revoie jamais le camp de base en vie (je vous laisse le vérifier par vous-même, attention aux photos parfois dures qui accompagnent les statistiques). Et le fait de citer le cas d'un sherpa ayant fait 13 fois le sommet déforme quelque peu la réalité : le peuple Sherpa, de par son histoire, est naturellement acclimaté à la haute altitude. Sans vouloir leur ôter leur mérite le moins du monde (ils portent bien plus lourd que les occidentaux qui les payent), les ascensions de très haute altitude leur sont facilitées. A noter aussi que ces expéditions peuvent représenter la seule source de revenu valable pour eux et toute leur famille et que, comme dans beaucoup de régions pauvres du monde, ils sont prêts à prendre certains risques ; incompréhensibles pour nous autres, occidentaux assoiffés de risque 0.


Certains éléments de l'article sont donc à relativiser, mais ce qu'il faut en retenir c'est qu'en l'absence de connaissance d'un sujet, peu importe qu'il s'agisse de l'alpinisme, il vaut mieux se garder de juger. Les témoignages de ce type permettent de l'expliquer. Bien d'autres du même type se retrouvent sur internet ; et un certain pourcentage d'entre eux démontre que la culpabilité est loin d'être étrangère à ceux qui ont laissé un camarade, une connaissance sur les pentes de sa passion.