dimanche 18 novembre 2012

Chapeau l'Artiste

Je ne suis pas de ceux qui idolâtrent quiconque car le but n'est pas de copier la vie d'une personne. Il s'agirait plutôt de s'en inspirer pour tracer sa propre voie, son mode de vie en adéquation avec sa propre vision de sa passion et de sa personnalité.

Il en est cependant que l'on ne peut pas ne pas connaître et ne pas respecter ou admirer, tant ils ont marqué leur époque par leurs exploits, leurs découvertes, leurs initiatives ou leurs engagements.

Edlinger était de ceux là.

Je ne l'ai pas connu au moment de sa plus forte médiatisation, au moment où il a changé la France. J'étais alors à peine né et je faisais mes premiers pas. Je ne l'ai pas connu au moment où j'ai touché mes premières prises. L'escalade n'était alors pour moi qu'un sport. Rien de plus. Je n'ai même pas appris qui il était par moi-même. Non, ce sont mes parents qui m'ont un jour révélé son existence.

" - Comment, tu ne connais pas Patrick Edlinger ?
- Non, c'est qui ?
- Un grand grimpeur français.
- Ah bon."

En fait, je ne connaissais personne et peu m'importait. Je pratiquais l'escalade pour moi, parce que je le voulais et parce que cela me faisait plaisir. Peu importait qui en étaient les grands champions, je n'en serais de toute façon jamais un, je ne les tutoierais jamais.

Et puis, l'Escalade a commencé à envahir doucement ma vie et je me suis mis à tenir ce blog. A vouloir partager. Et donc, il a fallu lire, se documenter, apprendre. Et alors j'ai appris. Et je me suis pris une claque. Une grande.

J'ai compris comment, en 26 minutes, un homme seul a pu marquer toute une génération. Tout un pays. La Vie au bout des doigts a révélé l'Escalade au grand public, a permis l'essor d'un sport, sa démocratisation et sa dissociation de sa grande soeur, l'Alpinisme. J'y ai appris et compris une chose fondamentale : la différence entre un hobby et une Passion.

La Passion devient un Mode de Vie.

Car Edlinger a fait de l'Escalade son Mode de Vie, et ce n'est pas une parole en l'air. Il restera pour moi cet homme qui se lève, à poil, du lit de son camping-car pour aller faire des tractions sur son petit doigt, des grands écarts et du footing, avant d'aller enchaîner une voie en solo intégral, le tout mis en scène sur une musique de Kraftwerk.

Un homme qui se dédie entièrement à sa Passion au point d'en faire une forme d'Art. Il pousse en effet la pratique de ses mouvements à son paroxysme. En tant que pionnier, il suit un principe simple mais fondateur de l'Escalade Moderne : "le Sommet n'est qu'une Cerise sur le gâteau. Ce qui importe, c'est la façon d'y arriver". La grâce et l'application évidentes qu'il met à réaliser ses mouvements ne sont certainement pas étrangères au mythe du grimpeur qu'il a contribué à fonder.

Et l'exploit n'est pas vain puisqu'au moment où Edlinger commence à grimper, le 7ème degré n'est qu'un doux rêve. Tout est à inventer : les nouveaux gestes, l'entraînement, les voies... Il contribuera ainsi à inventer le 7ème degré avec d'autres grands noms comme Messner, Droyer et Berhault, son ami. Aujourd'hui, c'est assez facile ; il nous suffit de nous inscrire à un cours en compagnie d'un moniteur pour se voire transmettre leur héritage. Mais eux ont inventé, découvert, testé, parfois échoué certes.

Avec Edlinger, c'est un pan entier de l'Escalade qui s'en va. C'est un ambassadeur médiatique de cette discipline qui s'éteint. Qui pourra le remplacer ?

Qui, du grand public, peut aujourd'hui citer le nom d'un grimpeur ? On aura peut-être Catherine Destivelle comme réponse. Une autre grande qui a également fini par ranger son baudrier. Qui d'autre ? Alain Robert ? Les gens le connaissent plus pour son escalade urbaine, une discipline plus confidentielle.

L'Escalade a eu quelques années de gloire avec de grands champions, des pionniers. Mais qui reste pour assurer la pérennité de ce sport ? Peut-être que Jean-Pierre Banville a raison : il faut un musée de l'Escalade, un Temple de la Renommée, comme il l'appelle.

Il y aurait tellement de choses à dire sur Edlinger... Sa récente biographie le fera de toute façon bien mieux.

Alors autant dire une seule chose : Merci.

Merci pour ce que vous avez donné à tant de gens en manque de liberté, d'évasion.
Merci pour ce que vous m'avez donné.

Du rêve.

Chapeau l'Artiste, et que votre dernier solo soit le plus beau.

1 commentaire:

  1. Une autre belle chronique résumant la vie d'Edlinger : http://www.grimpavranches.com/les-plus/biographies/patrick-edlinger/

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