jeudi 24 janvier 2013

Communiquer au sein de la cordée (1) : La Voix de son Maître

Les membres d'une même cordée ont beau se trouver liés entre eux par une ligne solide qui assure une partie de leur sécurité, il leur est indispensable de communiquer efficacement afin de procéder aux manipulations de corde (relais, rappel, ...) de manière fiable. Et quand on se retrouve en falaise ou en montagne, cela peut vite devenir assez compliqué s'il n'y a pas eu un minimum de coordination avant de partir.

Le relief voire la météo peuvent en effet très rapidement compromettre voire empêcher toute communication entre les compagnons de cordée. Un ressaut rocheux peut masquer la vue, voire le son ; le vent tout autant ; comme la pluie ou la neige. Pire, les cordées voisines communiquant dans des voies proches peuvent également être un handicap.

Je vous propose donc ici une série d'articles mettant en avant différents moyens qui s'offrent à vous pour tailler la bavette avec vos compagnons de cordée.

La Voix de son Maître

Naturellement, le premier moyen de communiquer est la voix. Les consignes se passent alors oralement avec un vocabulaire commun entre chaque membre de la cordée et donc défini à l'avance.

Extrait d'un topo de Clécy, chère à mon coeur

Généralement, les mots principaux à retenir sont :
  • OK ! Réponse qui doit systématiquement confirmer que l'ordre précédent a été entendu de manière claire et nette. Si vous n'avez pas le OK en retour de votre message, c'est qu'il n'est pas compris. Vous devez donc recommencer jusqu'à ce que vous receviez la réponse attendue. (Oui, il m'est déjà arrivé d'attendre 10 minutes que je réussisse enfin à entendre la réponse que mon second beuglait désespérément sous son surplomb).
  • Départ ! Cela signifie que le grimpeur s'apprête à partir et s'attend donc à ce qu'il soit assuré par le premier de cordée. Avant de se détacher, il doit attendre la confirmation qu'il est effectivement en sécurité (cf. ci-dessus). A noter que même en salle, un "départ !" est toujours le bienvenu si vous voulez vous assurer de la vigilance de votre assureur, dont l'attention peut facilement être détournée.
  • Relais ! Vaché ! S'il y a un vocabulaire sur lequel il faut se mettre d'accord, ce sont bien ces deux mots.
    • Pour certains, "Relais !" signifie qu'ils sont simplement arrivés au relais et qu'ils entament la manipulation. Cela permet d'expliquer le fait que la corde ne tire plus. Ils ne sont cependant pas encore en sécurité. Généralement, ils complètent par un "Vaché !" un peu plus tard pour confirmer qu'ils sont reliés à la paroi. C'était ma version.
    • D'autres considèrent que "Relais !" signifie qu'ils sont arrivés et en sécurité et que le second peut se préparer à partir.
    • Vous comprenez facilement les impacts que peuvent avoir ces termes s'ils n'ont pas le même sens de chaque côté : le premier de cordée peut se retrouver sans assurage ! J'ai déjà eu quelques surprises et, en discutant avec plusieurs personnes, me suis forgé la conviction que les termes ne doivent pas être dissociés. Je prononce donc systématiquement "Relais ! Vaché !" en une fois, au moment où je suis réellement en sécurité. Pas de doute possible !
    • Notez que vous pouvez très bien utiliser "Vaché !" tout seul dans certaines circonstances.
  • Libre ! Cela signifie que la corde sur laquelle vous étiez (suite à un rappel par exemple) est désormais libre et utilisable par un autre. Ce dernier peut alors entamer l'installation de son propre rappel. Son utilisation n'est généralement pas aussi systématique que sur d'autres termes, mais il reste néanmoins efficace lorsque les lignes de vues sont bouchées ou que la rapidité est nécessaire (par exemple en montagne où l'enchaînement efficace de rappels est vital en cas de gros temps).
  • Corde ! Cela signifie que vous allez lancer la corde en travers de la paroi, généralement pour préparer un rappel. Vous devez le dire systématiquement, car vous ne pouvez pas savoir s'il n'y a pas une cordée cachée par un ressaut. Attendez une petite seconde avant de réellement lancer la corde, cela laisse le temps à tout le monde de lever la tête pour voir ce qu'il se passe. N'attendez pas nécessairement de réponse à cet avertissement, il se peut qu'il n'y ait personne pour répondre ;-) Si vous-même, vous entendez "Corde !", pas de question à se poser : vous vous plaquez à la paroi et vous vous protégez la tête ! Une corde, cela paraît léger, jusqu'à ce que l'on s'en prenne une sur le museau. Pour rappel, une corde c'est environ deux kilos ! Même si vous ne vous prenez pas tout sur le coin du crâne, elle peut fouetter méchamment ou facilement déstabiliser.
  • Sec ! Vous êtes en train de vous prendre un plomb ? Criez "Sec !" à votre assureur pour le prévenir. Si possible un peu avant que vous ne tombiez vraiment pour lui laisser le temps de bien dynamiser.
  • Pierre ! A crier de toute urgence si vous déclenchez la chute de n'importe quel objet, que ce soit une pierre ou du matériel, que vous sachiez ou non s'il y a une cordée derrière vous. La chute de pierres peut également concerner des randonneurs qui se baladent dans la forêt en contrebas. De la même façon que pour "Corde !", si vous entendez cela, vous vous plaquez à la paroi et vous vous protégez au maximum en attendant le "clac" caractéristique.
Ce vocabulaire est la base que tout grimpeur devrait maîtriser. Rien de très compliqué, encore faut-il penser à l'utiliser et savoir quand l'employer précisément. Pour cela, rien ne vaut l'entraînement... en salle ou sur des voies faciles.

Naturellement, vous pouvez le compléter avec d'autres mots. Dans tous les cas, veillez à utiliser des expressions courtes, avec des mots de peu de syllabes de façon à ce que le vent n'empêche pas leur compréhension. Évitez les longues phrases ; vous bavarderez quand tout le monde sera au relais.

Quel que soit le moyen de communiquer que vous choisirez, avec votre voix propre ou via le talkie-walkie, les termes utilisés seront les mêmes pour éviter toute ambiguïté.

Nous parlerons justement du talkie dans le prochain article.

2 commentaires:

  1. Je grimpe avec Pierre Sekke, comment faire pour l'appeler sans ambiguïté ?

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  2. :-) Imagine un Pierre pendant la traversée d'une moraine instable. Moment vécu. :-P le pauvre...

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