mercredi 25 juin 2014

La Montagne nous révèle

On n'obtient pas un Sommet. On le mérite.

La Montagne ne nous doit certainement pas la Cime. Il faut aller la chercher.

On ne cherche pas à vaincre les Monts. Car même si vous les vainquez régulièrement depuis un certain temps, un jour c'est l'un d'eux qui vous vaincra. Et ce jour-là, gare à Dame Nature. Car on ne la viole pas, on lui fait la cour. Et cela peut prendre du temps.

Non. Il ne faut pas considérer le Sommet comme un ennemi. Il n'a rien demandé, lui. Il est là depuis des milliers d'années, il ne vous attendait pas. C'est vous qui venez le troubler.

Le seul adversaire, c'est vous.

C'est contre vos muscles qu'il faut vous battre ; ce sont vos membres qu'il faut faire bouger encore un peu pour avancer de quelques pas. Eux, ils ne voulaient que rester sous la couette. C'est votre technique qu'il faut perfectionner de jour en jour et dans laquelle il faudra aller piocher le bon geste pour ce passage délicat. Et en dernier recours, c'est avec votre mental qu'il faudra batailler dur pour terminer.

Vous êtes le seul adversaire. Vous êtes celui qui l'avez voulu ; se battre contre une pente, contre le mauvais temps, contre la distance ; tout cela vous le saviez avant de partir. Et la Montagne vous le rappelle à chaque Sommet, quel qu'il soit.

Le Fluchthorn est clairement de ceux qui rappellent à l'ordre.

Une voie normale cotée Facile. Même pas un 4000. Un 3795 mètres pour être précis. Pas d'escalade, pas de rocher. Que de la neige qui recouvre les 2 glaciers à traverser. Des repères clairs et évidents pour naviguer sur la mer de blanc. Pas de sérac. Un seul passage exposé à d'éventuelles chutes de pierres. Des endroits crevassés relativement évidents à contourner. Rien d'alarmant. Une course d'initiation en somme...

Parfaite pour initier le beau-frère à la haute-montagne !

Sauf que...

Sauf que ce petit frère du Strahlhorn, de 400m son aîné, cache bien son jeu...



Ah ça, c'est sûr, on le voit bien depuis la Britannia Hütte, le point de départ de la voie normale. Il s'expose fièrement au milieu de sa vallée sans aucune trace de l'être humain ! Il paraît tout proche. Mais les distances sont trompeuses là-haut. Le blanc qui recouvre tout fait perdre toute notion de distance.

Et c'est bien à 7 km du refuge de pierre que la croix est plantée au sommet. 14 km aller-retour... Elle paraît toute petite cette traditionnelle croix sommitale vue du confort de notre cabane. Tu m'étonnes... Elle se trouve à 1100 mètres de dénivelé positif au-dessus de nous.

Il nous aura fallu 6 heures et 15 minutes rien que pour attendre le sommet. Et 3h pour revenir. 9h15 de course, au lieu des 6h classiquement annoncées.

Une course d'envergure dans le vent, la neige, le grésille et même la pluie !

Il aura fallu bien batailler avec nous-mêmes pour l'atteindre ce Sommet. Il nous a obligé à révéler qui nous sommes vraiment : du genre à abandonner ou à terminer ce pour quoi nous sommes venus. Et nous l'avons finalement atteint !



Le retour aura été douloureux également mais finalement sans encombre. Je peux maintenir dire que j'ai dormi sur un glacier... victime d'un relâchement un peu trop profond lors d'une pause (j'ai presque fait nuit blanche avant de partir alors j'ai une excuse).

A noter au passage, qu'après discussion au retour avec les autres cordées, qui allaient soit en direction du Fluchthorn soit en direction du Strahlhorn (dont une bifurquera d'ailleurs vers son petit frère), elles ont toutes souffert ce jour-là dans cette longue bavante ! Le mauvais temps n'a pas dû être étranger à l'affaire.

Fier et heureux en tout cas d'avoir emmener le beau-frère, qui s'est débrouillé comme un chef et n'a pas moufté malgré les pieds abîmés !


Le Fluchthorn est une très belle course de Haute-Montagne. Techniquement, elle ne pose aucun souci et déroule son parcours au-dessus de 2 glaciers (sur la première photo, le premier se trouve dans le creux derrière le premier plan) et au fond d'une vallée sans intervention humaine, si ce n'est le refuge et la trace des précédents alpinistes.

Il y a d'ailleurs des passages qui font véritablement ambiance montagne, magnifiques comme ici au centre de l'Allalingleschter derrière la moraine rocheuse principale :



Si vous avez la chance d'avoir une vue dégagée du sommet, ce qui était moyennement notre cas, vous aurez une jolie vision de la vallée de Saas-Fee, de la chaîne montagneuse qui court le long de la frontière italienne, ainsi que sur le plateau nord italien et sur une partie du Mont Rose (pour nous intégralement dans les nuages).

Je pensais le Fluchthorn bien plus court que le Strahlhorn, mais les courses sont finalement assez proches (il faudra quand même rajouter 3 km et 400m de dénivelé positif pour le grand frère).

Le refuge de la Britannia Hütte est très confortable, les gardiens accueillants et il est situé de telle façon que l'on puisse voir à 300° autour de lui, sur 3 vallons/vallées distincts.

Décidément, le Valais est une région bien sympathique.

Note pour l'année prochaine : pour emmener les parents là-haut, viser une distance plus courte...