mardi 12 août 2014

Objectif 2013: l’Escalier Magique, d’une traite (Tohatra Mahagaga)

Le massif du Tsaranoro. Image: http://www.gdargaud.net/Climbing/Tsaranoro.html

Samedi 18 mai 2013, TANANARIVO, MADAGASCAR

Philippe et moi débarquons à l’aéroport de Tana avec cet objectif : grimper l’Escalier Magique d’une traite. Le sourire sur nos visages reflète autant notre enthousiasme pour cette nouvelle expé que notre scepticisme face à l’ampleur du projet. En fait, on ne se fait pas d’illusions, nos chances de succès sont quasi nulles.

L’Escalier Magique, c’est 800m de granit vertical, quasiment dépourvu de fissures, équipé en 2011 par Gérard Thomas et Marc Gamio (oui oui… Marc Gamio, le boss de l’artif !). La voie est située dans le massif du Tsaranoro (prononcez "Tsaranour"), sur le Tsaranoro lui-même, dans l'Andringitra au sud de Fianarantsoa. 20 longueurs pour arriver au sommet, dont 11 comprises entre le 6c+ et le 7a+, trois longueurs de 7b et un 7b+. Le tout agrémenté de quelques pas de A0 dans la partie haute.
Voilà le topo
L’idée de ce projet est née à la suite de notre expé de l’année précédente. Nous étions alors venus réaliser Out of Africa, une voie de 600m sur la même falaise, en 7a max. Le projet était assez ambitieux puisque nous n’avions jamais dépassé 400m de grimpe. Alors que nous hésitions encore à nous lancer dans l’aventure, nous avons rencontré Marc Gamio et Franck, dont l’enthousiasme communicatif a contribué à nous motiver. (Je me rappelle que ces deux là grimpaient tous les jours alors que de notre côté, nous avions grand besoin d’une bonne journée de repos entre chaque voie). Ils nous ont même donné des coinceurs pour que l’on puisse s'entrainer dans Linea Bianca, une voie plus courte qu’« Out Of Africa », mais de difficulté équivalente. C’est à cette occasion qu’ils nous ont parlé de l’Escalier Magique (le nom de la voie fait référence à l’escalier emprunté par les serveurs du restaurant du Camp Catta pour apporter les plats.)

Finalement, nous avions réalisé Out Of Africa en 10h, à la fois ravis et soulagés d’échapper à une sortie à la frontale.

Étonnés d’en sortir relativement « frais », l’idée d’un projet plus dur a commencé à germer.

Puisque Marc m’avait donné un exemplaire du topo, difficile de ne pas y jeter un œil… Imaginons qu’on s’entraîne comme des fous pendant un an… qu’on trouve un moyen de grimper de nuit… et qu’on arrive à tenir physiquement… Peut-on envisager 800m dans notre niveau max ? Enfin… encore faudrait-il que j’enchaîne au moins un 7b+ en falaise d’ici là.

Question timing, j’estime 17h de grimpe, en faisant les 5 premières longueurs de nuit (avant le premier 7b). Au pire, on peut imaginer faire aussi la sortie de nuit, mais uniquement le dernier 6a et la longueur de sortie. Pas les longueurs précédentes, trop dures. Si on n’arrive pas en R14 à 14h, on redescendra en rappel.

Évidemment, Philippe adhère direct au projet.

Nous voilà donc à Tana.

En sortant de l'avion, mauvaise nouvelle, il nous manque deux sacs sur quatre. Ils contiennent notamment notre rappel de rechange, et la moitié de notre alimentation « grimpe ». On se met en route en espérant que la compagnie retrouve nos sacs, et qu’on arrivera à se les faire livrer au Camp Catta. Avec Philippe, on aime bien ce camp. D’autres grimpeurs préfèrent les camps moins chers, et plus « roots » des alentours, mais nous apprécions le confort du Camp Catta, qui va nous permettre de nous reposer idéalement entre les reconnaissances et les tentatives.
Arrivée dans la vallée du Tsaranoro – Image prise sur le site http://www.madagaskar-bandroreisen.com

Lundi 20 mai, Vallée du Tsaranoro : première reco

Le premier objectif de cette reco est de marquer à la craie les cinq premières longueurs (7a, 6c+, 6b, 7a, 6b+) que nous avons prévu de faire de nuit, de façon à attaquer le premier 7b de la voie aux premières lueurs du jour. Le deuxième objectif est de nous familiariser avec ce fameux 7b, pour gagner du temps le jour J.

Nous y passons huit heures. Finalement nos craies ne dépassent pas la première longueur. Sur le granit, elles s’usent instantanément. Nous vidons nos deux sacs à POF sur ces 5 longueurs.

Le 7b est très continu même si les pas les plus durs sont au début, à cause du léger dévers. C'est très fin, superbe longueur.

A la descente, on se familiarise avec le rappel sur un brin, pour lequel on n’est pas encore à l’aise. On y passe deux heures.

Bilan de la journée : le moral est plutôt bas. Cette reco nous a pris quasi 14 heures en comptant la marche, pour seulement 6 longueurs. L’escalade est exigeante.

Retour au camp de nuit. On est fatigués, on a mal aux doigts et aux pieds. Le lendemain, on a mal partout. Courbatures.

Mercredi 22 mai, 00h30 : seconde reco

Cette seconde reco a plusieurs objectifs :
  1. Vérifier que le marquage est suffisant et que l’on arrive à faire nos cinq premières longueurs de nuit, en 3h30.
  2. Voir à quoi ressemble le 7b+, en 11ème longueur, qui d’après le topo est la plus dure de la voie.
  3. Monter trois litres d’eau au 10ème ou 11ème relais, pour limiter le poids à porter le jour de notre tentative.
Jean-Paul, un des guides du camp a accepté de se lever à minuit et demi pour nous accompagner et nous aider à porter notre matériel, dont le poids total avoisine les 15 kg.

A 2h30 du matin, après une heure de marche et une demi-heure de préparatifs, Philippe attaque donc le premier 7a à la frontale (merci Callagh pour les lampes, elles sont top !). Il assure bien ! Par contre, au moment du portage, on se rend compte que notre sac de charge est beaucoup trop lourd.

Philippe propose de persévérer, quitte à perdre du temps, pour aller déposer les deux bouteilles d'eau au 11ème relais, comme prévu. Ainsi le sac sera bien moins lourd la prochaine fois. Mais j’ai peur qu’on s’épuise et que le sac ne résiste pas. On décide finalement de laisser nos deux bouteilles au pied de la voie pour cette fois. Et on envisage une descente en rappel une prochaine fois pour aller déposer notre eau depuis le haut.

Après cette perte de temps, on reprend. Le marquage est suffisant, la grimpe de nuit très plaisante. Au relais, tout est calme. Le seul bruit qu’on entend est celui des aigles et autres oiseaux qui passent à côté de nous de temps en temps. Ambiance.

A 6h, le jour se lève… et on n’a fait que 4 longueurs au lieu de 5. Il faut revoir le timing.

Après le 7b, qui passe de façon beaucoup plus fluide cette fois-ci, nous avons trois 7a et un 6c+ pour rejoindre le 7b+.

Mais après le deuxième 7a, donc la 8ème longueur, Philippe a un petit coup de pompe. Il pense avoir un peu négligé son alimentation en grimpe : sans doute pas assez de sucre.

On décide donc de redescendre sans tester le 7b+ dont on aura seulement aperçu la fameuse coulée blanche déversante mentionnée sur le topo.

Cette fois, on est rôdés pour les rappels. Beaucoup plus à l’aise et bien plus rapides.

De retour au camp à 15h, après cette seconde sortie de 14h, on se dit qu’on a peut-être quand même une petite chance de succès. Cette fois on a fait 8 longueurs en 8 heures. C’est encore trop lent, mais on a été ralenti deux fois : d’abord par le sac trop lourd ; ensuite parce qu’à la 7ème longueur je me suis rendu compte que le fond s’était décousu en partie, et on a dû rafistoler au Strappal.

Jeudi 23 / Vendredi 24, Camp Catta : repos

Cette fois, on se donne deux jours et deux nuits de repos. C’est décidé, on partira vendredi soir à 23h pour un départ dans la voie à 01h du matin samedi. On fait une tentative !

On n’a pas essayé le 7b+, et on ne pourra pas faire notre reconnaissance du haut car Hery, le seul à pouvoir nous y emmener, n’est pas au camp en ce moment. Il est parti voir sa femme, malade, à Fianar. Du coup, nous ne pourrons pas non plus descendre notre eau dans la voie.

Mais je me dis que c’est cette fois ou jamais. Les reconnaissances ont du bon car elles nous ont familiarisées avec le granit et le style de grimpe. Nos préhensions, sur les écailles notamment, ont évoluées. La grimpe devient un peu moins douloureuse, et nous cassons moins de prises, ce qui nous évite autant de plombs. Mais à force, ces recos nous fatiguent. Et plus on attend, plus on risque de tomber malades… n’oublions pas qu’on est à Mada. Même si on est au Camp Catta, et qu’on se fait à manger nous-même la plupart du temps, on n’est pas à l’abri d’une gastro.

On vérifie les cordes. On utilise une Edelrid Swift triple homologation, l’équivalent de la Beal Joker, associée à une cordelette de 6mm pour le portage et les rappels. Ce compromis est top : on grimpe ultra léger, et on n’a quasiment aucun tirage, même sur les plus longues longueurs.

On fait recoudre le sac, et on le modifie pour que toutes les affaires soient suspendues au système de hissage au lieu d’être au fond du sac. On décide aussi que le second portera trois litres dans un sac à dos pour alléger le sac de charge et accélérer le portage.

Repos, arnica pour les doigts, cuisine au fataper… on récupère.

La bonne nouvelle, c’est que Zara, notre chauffeur, débarque avec notre matos manquant. Ouf !! On se sent mieux avec tout notre équipement, et devoir nous restreindre sur l’alimentation ne nous emballait pas du tout.

Hery réapparaît juste avant qu’on aille se coucher. Je lui demande à tout hasard de nous surveiller le lendemain, et, au cas où on arriverait là-haut, de venir nous chercher.

J’estime nos chances de succès à 30%. Espérons qu’il n’y ait pas de vent, surtout la nuit, et qu’on ne fasse pas trop d’erreurs.

Vendredi 24, 22h45 : Camp Catta. Départ pour notre tentative

Ça a été difficile de s’endormir à 18h. Difficile de ne pas cogiter. On a dormi un peu moins de 4h.

En sortant de la tente, ça commence mal : Jean-Paul n’est pas au rendez-vous. Tiens, ça nous rappelle Out Of Africa, l’année dernière. Mais cette fois on ne peut pas attendre. On portera nous-même. On est bien contents d’avoir laissé nos deux bouteilles en bas de la voie la dernière fois.

C’est parti. On prend le petit déj tout en marchant dans la forêt: barres de céréales, barres protéinées, compotes et boisson d’approche.

Samedi 25, 00h50

Deux heures plus tard, à 00h50, après la marche et les préparatifs habituels, on est prêts. La météo est bonne : pas de vent pour l’instant. Il ne fait pas froid.

Philippe ouvre le bal. Il est en pleine forme et survole son premier 7a en à peine 25 minutes. Son record.

Voici nos impressions respectives :

Philippe : L1. « Je commence à avoir de bonnes sensations sur cette jolie dalle bien fine ; les placements et surtout les tenues de prises (petites) deviennent plus efficaces, la preuve, elles pètent moins. »

Greg : L2. « Le hissage est rapide, on a bien optimisé le sac, nickel. Je rejoins Philippe rapidement et attaque le 6c+ qui commence par un pas de bloc en léger dévers. Ça réveille. Après nos deux reco, ça déroule super bien. Idem pour le 6b suivant de Philippe, pourtant bien aéré ! »

Philippe : L3. « Trav montante (6b) bien espacée : cette fois je reste bien concentré et détendu. C’est vrai que de nuit la grimpe est assez magique, du coup, l’itinéraire est bon, ça passe tranquille. »

Greg : L4, L5. « On ne fait pas d’erreur, on n’oublie pas les mousquetons destinés à éviter que le sac ne valdingue dans les traversées. On mange à chaque longueur, pendant que l’autre fait le portage. On est super synchronisés, on ne perd pas une seconde.

L’ambiance de nuit est incroyable, pas un bruit, à part les oiseaux.

J’attaque le long 7a suivant (environ 45m), très fin et continu, mais je l’ai vraiment bien poffé pour assurer de nuit.

Philippe torche le court 6b+ suivant qui n’est pour lui qu’une formalité malgré un réta pas du tout évident en sortie.

Incroyable, on a fait nos 5 longueurs en seulement 3h40 finalement ! »

04h30

Hors de question de poireauter jusqu’à 6h, il faut garder notre précieuse avance. Je me lance dans le 7b à la frontale. Il n’est pas poffé mais je l’ai bien en tête, et je suis remonté à bloc… ça passe !

Philippe me rejoint. Il fait encore noir. Même combat pour lui, il entame son 7a de nuit, et passe le pas de bloc comme un dieu… on commence à y croire.

Philippe : L7. « Pas trop de souci avec le pas de bloc de cette courte longueur. »

Greg : L8. « Quand je le rejoins, il est 06h20, le jour se lève. La voie n’a jamais mieux portée son nom. L’instant est magique. On a deux longueurs d’avance sur notre timing !! On a fait 7 longueurs en 5h20.

On range les lampes et je me lance dans le 7a suivant, bien aéré… concentration.

Le 7a d’après est très court. Je propose à Philippe de le doubler avec le 6c+ suivant… s’il pense que c’est jouable. Ni une ni deux, tant qu’il s’agit de grimper, faut pas lui demander deux fois. Il ne reste que 3 mètres de corde quand il arrive au relais. »

Philippe : L9,L10. « Bon rythme sur cette longueur doublée. Jolie dalle ondulée. Vive nos cordes : aucun tirage ! »

Greg : « Décidément toutes les longueurs sont continues dans la difficulté. »

08h20

Ca y est, on est en bas du 7b+. On a fait 10 longueurs en 7h20. Si ce 7b+ nous laisse passer, on a vraiment une chance.

On prend 20 minutes de pause pour récupérer et ingurgiter une dose massive de vitamines destinée à nous faire tenir encore … 10 heures.

08h40

C’est parti. Le 7b+ commence cool, c’est déversant et plus athlétique, mais les deux ou trois premiers points sont plutôt en 6a/6b, style Ouaki (la falaise ou l’on s’entraine habituellement à La Réunion). J’arrive au pas dur. C’est bien protégé. On se croirait en falaise. Un plomb. Deux plombs. Je crois que j’ai pigé. Il faut bien monter les deux pieds sur la gauche pour utiliser une verticale assez lisse main gauche, relancer juste au-dessus sur une autre verticale un peu meilleure, rétablir à deux mains sur une petite horizontale, et faire une épaule droite, assez éloignée. C’est bon, je clippe. Un vrai plaisir. C’est le bonheur. La suite reprend comme au début : du 6a en léger dévers, très sympa.

Ce 7b+ qui nous inquiétait tant aura été la perle de cette voie. Magnifique.

Nos chances de succès augmentent. Du moins on y croit de plus en plus. Mais on ne se doute pas encore de ce qui nous attend après.

10h20

Philippe : L12. « Dalle en 6c+. RAS, bien que je me laisse un peu surprendre par le « + » de cette longueur assez tranquille. »

Greg : L13. « Ici les points s’espacent, pourtant c’est dur ! Il faut soigner la lecture et sans arrêt louvoyer dans ce 7a « botanique ». Attention aux cactus. »

Philippe : L14. « Dalle en 7a+. Ici commence le A0. Je serre un peu plus les fesses. Les prises sont plutôt bonnes mais me semblent cassantes. Ça se confirme sur les trois derniers pas (une sorte de pilier un peu bloc) ou je prends quelques vols… bon d’accord, pas seulement à cause des prises qui pètent. A partir de là, on longe une crevasse, il y a plus de relief. »

Greg : L15. « Nous voilà en bas de l’avant dernier 7b. Il reste aussi un 7a+, un 6b+ et un 6a pour terminer l’Escalier Magique. Ensuite il faudra faire la connexion avec Vazimba pour atteindre le sommet, via un dernier 6a, A0.

Ce 7b commence par cinq pas de A0, sous un toit. J’y vais à coups de pédales, qu’il faut combiner à des pas bien physiques !! L’ambiance chauffe. Ca déverse. On a 500m de gaz sous les fesses. Le vent se lève. Après quatre points, le A0 semble terminé : le point suivant est bien plus loin. J’y vais en douceur, j’essaye de rester serein. Pas simple. Avec le vent on ne s’entend plus. J’arrive presqu’au point suivant lorsque ma prise de pied casse. Je prends un plomb de 7, 8 mètres, plein gaz. Whooo !!

Je reprends mes esprits et parviens à clipper. Le point suivant est à seulement deux mètres. C’est clair, là, y a un pas dur. Pas de prise. Seulement une sorte de gouttière avec des arrondis des deux côtés. Ici la texture du granit change pour devenir une sorte de crépi dont chaque picot est comme un bout de silex. Ça doit être un pas en adhérences pieds/mains. J’essaie tout droit. 1 plomb, 2 plombs, 3 plombs… à droite… 3 nouveaux plombs… à gauche… même tarif. Mes doigts commencent à souffrir sacrément. Finalement c’est peut-être bien encore du A0. Je mets une pédale mais ma main arrive à plus de 20 cm du point. Je raccourcis… 15 cm. L’équilibre sur la pédale est instable, et je n’ai pas envie que mon pied reste coincé dedans en tombant. J’y arrive pas. Merde !!! Pas étonnant vu le peu d’expérience que j’ai en artif. Je ré-essaie quelques pas. Je suis désespéré. Le temps passe. Une demi-heure que je m’acharne. J’ai super mal aux doigts. Je fais une pause pour essayer de me calmer et réfléchir.

Je place une troisième dégaine sur laquelle je vais tirer pour faire une sorte d’opposition avec la pédale.

J’y vais de toutes mes forces. Je lève la main en douceur, je suis à 3 cm du clou. Ça peut le faire. Je redescends et recommence avec une dégaine dans la main. Je bourrine à fond. Je tends ma dégaine vers le point… encore quelques millimètres… c’est sûr je vais me vautrer !! Tant pis je pousse encore plus fort… putain ça marche !! J’ai clippé. Youhoooo !!!

Allez, faut avancer, ça fait au moins une heure que je suis dans cette longueur, et j’ai fait seulement 15 mètres. J’avance prudemment sur ce crépi un peu friable. Un point de plus. Je passe sur une vire mais me retrouve bloqué par la corde orange qui semble coincée. A cause du vent, je mets un petit moment à faire comprendre à Philippe mon problème. Il faudra presque cinq minutes pour qu'il parvienne à débloquer la corde qui s’est prise dans une écaille plusieurs mètres sous lui. Décidément, cette longueur, c’est la galère. J’arrive enfin au relais vers 14h30. Il nous reste 5 longueurs. Maintenant c’est sûr : si on sort, ce sera à la frontale. Sauf qu’il faut absolument faire le dernier 7b ainsi que le 7a+ de jour…

Le portage devient plus facile : il ne nous reste plus grand-chose à boire ni à manger.

Philippe prend le relais sur le 6b+ suivant qui démarre fort par un pas de A0… encore ! C’est dur, ça plombe. Faut dire qu’on commence à être à bout de forces. Enfin, ça passe.

Philippe : L16. « Courte longueur en 6b sans difficulté si ce n’est le premier pas en A0. Putain, je déteste l’artif’ ! »

Greg : L17. « A mon tour pour le dernier 7b. Le pas principal consiste à passer une sorte de rampe où toutes les prises sont fuyantes. Il me faudra quatre ou cinq essais pour trouver une solution et parvenir à clipper. Au moins à cet endroit, ça ne fait pas mal aux doigts. Au relais, je me retrouve sur une vire assez confortable mais pas très rassurante, composée d’un amalgame de petits blocs qui ne respire pas la solidité.

Bien que la longueur suivante démarre par une belle section de 7a+, Philippe retrouve ensuite notre fameux crépi sur un pilier incompréhensible, sans aucune prise quasiment. »

Philippe : L18. « Sur le topo, un étonnant « 7a A0 6b ». Les deux premiers pas sont super beaux, tout en adhérence sur une dalle bien polie (merci, je vous en prie…) sans trop de prises. Par contre la suite n’est pas à la hauteur : un pilier hyper picoteux (quasi qu’en artif’ ; ça fait peut-être une très belle dalle en 7 sup ou 8, mais je n’ai ni le niveau ni l’énergie suffisante pour apprécier…) »

Greg : L19. « En fait, on découvrira plus tard, de retour au camp, en consultant le topo original, que tout le pilier est en A0, mais notre topo à nous ne le précise pas. Chaque pas est un combat pour arriver au clou suivant. C’est interminable, abominable pour les doigts (c’est la 18ème longueur). Enfin, il arrive au relais. Je le rejoins en tirant au clou comme un goret.

J’enchaîne par une petite longueur de 6a : quinze mètres avec deux points seulement, mais ça va. »

18h00

On se retrouve enfin sur le dernier relais de l’Escalier Magique, après 17 heures de grimpe… un peu hagards. On n’en revient pas d’être là. On a réussi ! La nuit tombe.

Heureusement que Hery est venu à notre rencontre… il nous balance une corde statique et une poignée Jumar qui nous évite de chercher les points de la longueur de sortie (dernière longueur de Vazimba) qui passe dans des champs de cactus. Une heure plus tard, on s’effondre au sommet du Tsaranoro Be. On a grimpé 800 mètres en 18 heures. J’ai les larmes aux yeux.

Après une nouvelle heure de désescalade et un petit rappel, on installe notre bivouac de fortune dans la grotte où l’on avait dormi l’an dernier après Out Of Africa. On avale le sandwich apporté par Hery et on s’endort au bord du feu, à même le sol, dans nos couvertures de survie… ravis.


Hery, puis Marc Gamio lui-même nous apprendront ensuite que nous avons réalisé la PREMIERE de l’Escalier Magique. Bien sûr, nous n’avons pas enchaîné, mais l’objectif est atteint : sortir la voie d’une seule traite.

PS : Marc est retourné là-bas peu après notre départ pour équiper une longueur de sortie qui évite les cactus de Vazimba.

2 commentaires:

  1. Magnifique projet et quelle belle réalisation !!! Vous pouvez être fiers de cette ascension !

    Tu sais si elle a été retentée depuis ?

    Comment as-tu fait pour remonter après ton vol de 7/8 mètres plein gaz ? Tu as dû remonter sur la corde ? Comment ?

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    1. Ça n'a pas été retenté à ma connaissance, mais c'est difficile de savoir. Des grimpeurs de toutes nationalités passent là bas régulièrement, et réalisent des projets incroyables sans que personne ne soit au courant.
      Pour la remontée après le vol, je n'ai pas eu besoin de remonter sur corde. Je venais de finir le passage sous le toit, et j'ai pu rattraper la falaise juste en me balançant un peu. Je me souviens m'être dit que j'allais probablement galérer à remonter en grimpant, mais finalement ça a été. Cependant, je garde toujours 3 machards sous la main (ou plutôt dans ma poche) pour 2 raisons: pouvoir remonter sur corde, et pouvoir relier les relais en cas de décente en rappel. J'ai aussi 3 maillons rapides pour les relais. Comme Philippe a le même équipement, ça nous permet d'équiper 6 relais pour les rappels. S'il y a plus de relais, on est obligé d'abandonner des sangles et des mousquetons. Mais ça ne m'est jamais arrivé.

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