dimanche 5 octobre 2014

La sécurité avant tout : le grimpeur en ligne de mire !

Il y a quelques jours, alors que nous étions en train de nous entraîner dans notre club préféré, un incident est survenu ; incident sans gravité au final mais qui aurait pu faire mal... très mal.

L'occasion de répéter, rabâcher quelques règles de sécurité que nous connaissons (presque) tous mais que nous ne mettons pas si souvent en application. Je tiens à préciser que je ne lance pas la pierre aux grimpeurs qui se reconnaîtront peut-être : les bons réflexes qu'ils ont eu ayant en effet permis de limiter la casse !

Je profite simplement de cet incident sans conséquence pour rappeler quelques consignes qui peuvent vous éviter des dégâts...

Le grimpeur était en tête dans une voie qui, de ce que j'ai pu comprendre, l'aurait un peu éprouvé physiquement. Bref, il était au taquet au moment de clipper la toute dernière dégaine, celle qui signe la fin de la voie et de votre calvaire. Réflexe humain dans ce cas là : clipper au plus vite pour en finir, même si l'on se trouve bien loin de celle-ci... Réflexe à proscrire ! Il vous faudra en effet tirer beaucoup de mou, éventuellement le tenir dans votre bouche. Bref, que des mauvaises choses :

  • Nombreux sont ceux qui serrent les dents, crispés, sur la corde au moment de tomber ; dents qui peuvent être littéralement éjectées de la bouche lors de la mise en tension de la corde... (c'est arrivé à une connaissance). Ne mettez jamais la corde dans la bouche ! Si vous deviez le faire, criez au moment de tomber. Vous sauverez votre belle dentition...
  • Si vous êtes au taquet (ou pas), préférez clipper la dégaine quand elle se trouve au niveau de votre baudrier plutôt que de prendre un maximum de mou : votre hauteur de chute ne sera pas plus importante (faites un petit dessin / calcul pour vous en convaincre) et la corde, toujours tendue, ne vous laissera pas le temps de prendre trop d'accélération.
Revenons à notre cas : le grimpeur prend trop de mou... et zippe. ça arrive à tout le monde, moi encore ce matin. Le voilà donc à jouer les filles de l'air et se rapprocher rapidement de sa demoiselle, 17 mètres plus bas ; demoiselle qui joue le rôle de l'assureur... un peu trop loin du mur.

Le grimpeur tombe donc, prend beaucoup de vitesse puisqu'il a du mou en réserve, sa corde se tend brutalement alors qu'il se trouve au premier tiers de sa chute, l'assureuse est littéralement catapultée en avant ce qui donne de nouveau quelques mètres de mou supplémentaire, la chute continue de plus belle...

La suite est assez floue puisque les témoins n'ont pas tout vu. J'extrapole voire invente pour l'exemple.

A ce stade, le grimpeur doit se trouver à plus de la moitié de sa chute mais il devrait en théorie s'être arrêté... sauf que non. Sous le choc, le stress, une mauvaise position des mains, le surpoids du grimpeur qui aurais consommé trop de produits de la montagne (que sais-je...), l'assureuse laisse filer la corde entre ses mains avant... très bon réflexe... de la ressaisir pour non pas la bloquer (impossible une fois que la chute est lancée) mais la freiner...

Arrêtons-nous un instant, pour faire le point sur la position de l'assureur.

Quand vous assurez un grimpeur dans une salle, les règles principales sont les suivantes :
  • toujours regarder le grimpeur (vous blablaterez quand il sera au sol)
  • toujours avoir une main ferme en DESSOUS du descendeur (et peu importe le matériel d'assurage : huit, Reverso, GriGri, ... tous IMPOSENT d'avoir une main en-dessous pour maintenir la corde, lisez les notices)
  • la bonne position consiste généralement à avoir un pied en avant, genre pied d'appel, qui va vous empêcher d'être propulsé vers l'avant si le grimpeur venait à chuter. Mais cela ne devrait pas arriver car...
  • vous ne devriez pas vous trouver à plus de 2 voire 3 mètres du mur lorsque vous assurez quelqu'un en moulinette. Un repère facile si vous avez un doute : vous devez vous trouver juste derrière le tapis... votre pied d'appel devant se trouver dessus. Généralement je m'arrange pour avoir mon pied de derrière juste au bord du tapis pour le bloquer dessous si vraiment je suis emmené de force...

Notez que j'ai donné la bonne position pour assurer un grimpeur... en moulinette ! La corde partant vers le haut du mur (très haut au-dessus de vous donc), la force vous rapprochant du mur sera plutôt limitée. En revanche, pour un assurage en-tête, la corde vous tirera vers la première dégaine posée (logiquement assez bas donc, si toutefois vous n'êtes pas complètement fous !). Pour être tiré davantage vers le haut que vers l'avant, il faudra donc se rapprocher du mur... voire être quasiment au pied de celui-ci.

Alors, oui, la position n'est pas confortable. Oui, vous allez voir mal au cou. Non, vous ne pourrez pas parler facilement avec la cordée d'à côté. Mais si vous voulez du confort, allez au salon de thé !

Bon, ne vous collez pas trop à la paroi non plus. N'oubliez pas que vous devez pouvoir voir votre grimpeur en toute circonstance... Seuls les surplombs en falaise vous seront excusés !

Revenons à notre grimpeur.

Il continue sa chute inexorable. C'est à ce moment que, attiré par les bruits, caractéristiques d'une chute, mais anormalement longs,  je me retourne pour voir une ombre dans mon champ de vision descendre du ciel à vive d'allure pour aller tester les tapis...

Ma hantise ! Assister à un accident, être hanté par les cris, les membres à l'envers, bref... par un carnage. Je me retourne, me recroqueville et me bouche les oreilles. Peu importe de toute façon comment je réagis, je ne pourrais rien changer. Ma dernière image est celle du grimpeur qui atterrit sur la pointe des pieds et se fait renvoyer en arrière vers le mur... Mon dieu, la tête...

Heureusement, l'assureuse, dans son réflexe salvateur, a suffisamment maintenu la corde pour conserver le grimpeur droit. Je me retourne, personne ne hurle : il est adossé au mur, un peu blanc (on le serait à moins !), reprend son souffle... En voilà un qui a du avoir la peur de sa vie... 17 mètres quand même (un accident du même genre, dans la même salle et de la même hauteur aura laissé un goût plus amer à la grimpeuse...) ! Sa compagne est aussi quitte pour une bonne frayeur.

Mais... il n'a rien ! Il regrimpera même dans la séance. Ouf !

Un petit mais sévère rappel à l'ordre pour tous ceux qui se trouvaient dans la salle. Et maintenant, à vous aussi, j'espère !

L'encordement et l'assurage sont deux aspects importants de VOTRE sécurité !

Ne les négligez pas. Formez-vous. Contrôlez-vous mutuellement. Acceptez les remarques des autres. Observez les aussi, soit pour les corriger soit pour apprendre.

Cela fait cliché, mais il y a quelques règles de bases pour l'escalade reste un plaisir !
Et ce billet n'est pas exhaustif sur ces règles, très loin de là ! Quelques autres sont disséminées dans les différents articles de ce blog, d'autres viendront par la suite.

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